L’autre comme dépassement de soi – L’heureux courir vivant du Vegan Marathon

21586938_1512386482188553_979879656607348094_oAinsi puisses-tu épargner à chaque foulée l’impromptue
Innocence d’un animal et devenir un exemple à suivre
Ô simple mortel : voilà un beau sens à la vie
 « L’hédonisme consiste à goûter l’existence en communiquant avec autrui grâce à ses sensations les plus archaïques et les plus complexes. Il est donc inséparable du respect que l’on a de soi, des autres et de l’environnement. »
p.63 in Les Nourritures, Corine Pelluchon
  « Nous ne pouvons fonctionner en tant qu’acteurs humains que si nous avons une idée de là où nous devons aller et de ce qui constitue une vie bonne et riche de sens. »
sur Charles Taylor cité par Hartmut Rosa in Aliénation et accélération, p.69
21433194_10155159168644102_3861790134483442494_n — Seul-e contre tous —
    On ne nous en voudra probablement pas si pour écrire au sujet du Vegan Marathon nous partons, comme toujours direz-vous, un peu « en roue libre », mais c’est dire aussi, le pied léger, bien dans nos baskets, sans même angoisse aucune de se faire tailler un short pour ce qu’il convient bien d’appeler une escapade en solitaire(s) aux antipodes ou anti-piédestaux des routes toutes tracées, et ce afin de prendre la parole qui nous est offerte comme prétexte à pratiquer un de nos sports préféré qui est la course de fonds (grund)… phénoménale ! Pour nous suivre pas besoin de programmation neurolinguistique d’aucune sorte mais juste d’un peu de curiosité pour ce que l’intertextualité peut bien nous dévoiler ayant trait au souffle (pneuma) de l’Être-en-vie puisque, ne le perdons jamais de vue : Vegan Marathon = libération — celle des animaux autant que des humain-e-s.
   Nous pourrions prendre notre élan à partir du travail de David Le Breton qui, en 1990, publiait Anthropologie du corps et modernité (PUF). À cet essai qui se proposait d’analyser le rapport de l’humain à son corps à l’apogée du 20ème siècle et qui jetait alors les bases actuelles d’une ambiguïté anthropique quant à sa propre sensibilité en tant que corps ressentant, et y pensant, face aux usages et technicisations du corps, il est aujourd’hui possible d’en étendre l’examen à l’aune de nos connaissances éthologiques pour redire à la fois que nous partageons la singularité du sensible (sentience) avec l’ensemble des animaux, et que donc notre relation de corpore au monde est intimement liée au traitement que nous réservons à nos voisins sur cette terre.
   florence-rc3a9unionDans son essai, David Le Breton faisait remarquer que « le corps occidental est le lieu de la césure, [dont] l’enceinte objective de la modernité est l’ego » et que l’apparition d’une considération progressive pour le corps (depuis environ la fin de Moyen-Âge) en avait fait récemment le « lieu privilégié du bien-être (la forme), du bien-paraître (les formes, body-building, cosmétiques, diététiques, etc.), [de la] passion de l’effort (marathon, jogging, planche à voile) ou du risque (escalade, « l’aventure », etc.). » (op. cit. p.8 et 9). L’intérêt pour le corps serait un facteur d’individuation, il couperait la personne, de manière symbolique mais aussi dans la praxis en partie, du reste du monde. C’est tout un cheminement historique, social, culturel qui s’est constitué et a conduit à cet isthme existentiel détachant l’individu d’avec l’ensemble de la Nature. Il est intéressant de noter que ceci — qui tend à se globaliser — est un processus purement occidental au départ et que l’ethnologie nous renseigne sur d’autres modes d’être-au-monde que celui-ci. Ainsi D. Le Breton de nous dire que : Chez les Canaques, le corps emprunte ses caractères au règne végétal. Parcelle non détachée de l’univers, qui le baigne, il entrelace son existence aux arbres, aux fruits, aux plantes. Il obéit aux pulsations du végétal, confondu à cette gemeinschaft alles lebendingen (communauté de tout ce qui vit) dont parlait autrefois Cassirer. Kara désigne à la fois la peau de l’homme et l’écorce de l’arbre. L’unité de la chair et des muscles (pié) renvoie à la pulpe et au noyau des fruits. La partie dure du corps, l’ossature, est nommée du même terme que le cœur du bois. Ce mot désigne également les débris de corail rejetés sur la plage. Ce sont les coquilles terrestres ou marines qui servent à identifier les os enveloppant tels que le crâne. Les noms des différents viscères puisent également au sein d’un vocabulaire végétal. Les reins et les autres glandes de l’intérieur du corps portent le nom d’un fruit dont l’apparence est proche de la leur. […][1] Selon l’auteur, les peuples d’Occident s’éloignent des réalités multiples du monde et reliées entre elles du fait qu’ils font et subissent les confusion et réduction ethnocentristes des différences. S’il en va de la sorte vis-à-vis des humains, pas étonnant que les animaux soient exclus du champ individuel du vécu, perçus comme de simples objets « à l’encontre » de soi en quelque façon. Pour toutes occurrences du terme, notre société semble bien être quasiment parvenue à éliminer tout flux de correspondance(s). Se pourrait-il que l’humain, hautement individualisé, ne soit plus in fine que l’être d’une surface, de la surface qui sépare la région du même de la région de l’autre comme l’exprimait Gaston Bachelard[2] ? L’individualisation, en tant que mouvement de soi vers soi, serait alors dans ce retournement de situation inédit dans l’histoire du vivant terrestre, une manière opacifiante de se clore au monde, de s’enfermer dans sa gangue privée — corps aux sensations privatisées non partageables en termes d’expérience (erlebnis) avec qui que ce soit. Dans sa recherche ultime de ramener toute ontologie première à sa personne, in vivo, l’humain en dénie la coappartenance avec d’autres sujets-d’une-vie dans ce qui ressemble bien à une fuite en avant dans un course effrénée à la désaffection, y compris même de soi si les résultats escomptés ne sont pas au rendez-vous. Le réel (real), au travers de cette subjectivisation-là, s’effondre (collapse) dans le versant de sa représentation qui le fige, où tout, y compris le vivant, devient objet. Pour pouvoir briser l’hégémonie de l’humain sur les animaux, il faudrait que (et paradoxalement) l’on brise d’un commun-accord chacun son armure imaginaire et sociétale pour retrouver, refaire l’expérience de la pluralité. On voit bien que l’analyse ontologique rejoint la psychosomatique en confondant cette même tentative d’unification personnelle comme ce que Reiner Schürmann fait remarquer à propos de la pensée de l’Un sous l’œil critique de Plotin : « L’un, dit-il, n’a ni « forme » (eidos), ni « substance » (ousia), ni « ceci » (tode ti), « et même ce nom, l’un, ne contient pas plus que la négation du multiple. » (Des hégémonies brisées, p.194, Trans-Europ-Repress) On s’aperçoit que l’obstination contemporaine à vouloir vivre pour soi n’est finalement pas en phase avec tout un monde dont la singularité est justement de contenir les particuliers. Ou alors c’est qu’on aura mal compris ce qui ressort de la philosophie existentialiste, confondue avec un égocentrisme qui n’a rien à voir (sinon qu’avec une certaine « capitalisation »), ni socialement, ni symboliquement et — surtout, a-t-on envie de dire — biologiquement parlant au sens écosystémique renvoyant de facto au biopolitique. Redire ici ce que Giorgio Agamben énonçait il y a plus de vingt ans déjà : Mettre en lumière — au-delà de tout vitalisme — l’interaction profonde entre être et vivre, telle est certainement aujourd’hui la tâche de la pensée (et de la politique)[3].

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  — Cohérence et non co-errance —
    On assisterait, sans toujours vraiment s’en apercevoir, à la banalisation du chacun pour soi et dans quelque domaine que ce soit, doublé de la surprenante aptitude à courir dans tous les sens, au hasard, et de dépenser une énergie folle à ne rien faire qui ait du sens. Peut-être est-ce le prix à payer de l’apprentissage de la responsabilité, qui sait ? Pour David Le Breton c’est l’affranchissement du religieux [qui] amène à la conscience de la responsabilité personnelle, bientôt elle amènera à l’affranchissement du politique dans la naissance de la démocratie[4]. Le sociologue met le doigt là où ça fait mal en démocratie : à savoir que les institutions propres à laisser le peuple décider ne sont plus que le reflet de cette communauté éclatée. Comment faire, dans l’objectif animaliste, pour aboutir, dès lors, à une biocratie digne de ce nom, à un consensus ? Comme on l’indiquait, il ne faut pas que le « développement personnel » au sens libéral du terme, devienne une injonction de « réussite » ou bien de limites à franchir. Le dépassement de soi n’est jamais, en vérité, qu’une chose infiniment et proprement in-terminable. C’est quand […] l’éthique du pouvoir-être-soi-même devient une possibilité parmi d’autres et que […] la question philosophique originaire de la « vie qu’il faut mener » se renouvelle à un niveau de généralité anthropologique jusque-là inconnu[5], qu’il faut s’interroger sur ce que Jürgen Habermas appelle la Gattungsethik (c’est-à-dire à peu près l’éthique de l’espèce humaine). D’ailleurs convient-il de préciser qu’on n’a jamais que la possibilité d’être soi-même, mais tout dépend bien entendu si nos actes sont en accord avec nos paroles, autrement dit avec nos pensées. C’est là que penser tout contre (auprès de) le monde et ses étant-vivants prend tout son sens à l’inverse de l’impensé du « seul-e contre tout le monde ». La Gattungsethik, l’éthique de l’espèce humaine d’Habermas, peut-elle entrer en résonnance avec l’éthique animale ? — quand dans le même temps certaines situations prêtent à confusion au sein même de notre espèce : certains pensent, précise J. Habermas, que nous sommes au « […] véritable commencement d’un processus évolutif qui non seulement s’auto-régule mais encore est déjà individué. […] tout ce qui peut être biologiquement défini comme spécimen humain doit être regardé comme une personne potentielle […] » (L’avenir de la nature humaine… p.51) Si la plus « imparfaite » ou inachevée des productions biologiques humaines, à défaut d’être une personne à part entière (dans son intégrité physique et ou mentale) n’en démérite pas moins d’être traitée avec le même égard que les autres au regard du Droit, l’évidence d’une symétrie avec n’importe quelle forme de vie saute aux yeux immédiatement. Tout aurait donc à voir non plus uniquement avec la notion d’avoir ou d’être un corps, mais bel et bien de faire corps. Et il revient à l’être humain de dire ce qui se phénoménalise, autrement dit il est dans sa nature et cela est devenu un fait de culture, de verbaliser ce qui est originairement du non-dit. Comme le souligne pertinemment Thomas Fuchs, […] la nature a doté les hommes de parole […] et il est zôon politikón parce qu’il est zôon lógon échon[6] (animal doué du langage ou animal rationnel selon Aristote)Il est l’animal qui dit le monde, les choses du monde, et qui, à terme, prête sa voix à tout/s ce-ux qui n’en a/ont pas — du moins selon ses propres capacités d’entendement général. Hélas la société occidentalisée contemporaine, en ce qu’elle magnifie, glorifie le corps et isole en quelque sorte l’individu en tant que personne physique avec elle-même, dans le même temps l’insensibilise à toute expérience qui ne soit pas directement sienne, coupant court à la réalité de l’intersubjectivité, donc de la considération du vivre et du penser (ressenti, sentience) d’autrui. Alors bien sûr on pourra dire que nous grossissons le trait. Mais comment expliquer que, quand bien même désormais soient « célèbres » les vidéos des associations pro-animales dénonçant leur calvaire, il ne se passe pas un soudain et énorme changement de consommation en leur faveur — si ce n’est : total et immédiat — sinon qu’en y reconnaissant aussi le déni (dissonance cognitive) manifeste de faire corps avec d’autres corporéités que la sienne ? À la limite comme on se reconnait dans l’autre humain cela génère une réciproque, mais la réification d’autres individus d’espèces différentes (spécisme) entérine le fait d’une forme de néantisation ; paradoxe du comble de la subjugation en objet (chosification). Pour pouvoir les anéantir (les fabriquer et les transformer à loisir), il faut qu’au préalable qu’ils n’existent déjà pas vraiment. On pense ici au concept développé par David Chauvet (Une raison de lutter) quant à la dignité de l’humain se percevant comme centre ontologique absolu, acquise à la faveur de l’indignité des autres étant-vivants rejetés in nihilo, d’où l’impossibilité implicite (pléonasme) de leur (re-co-naître de la) dignité. Le Breton, au sujet du corps humain désiré comme véhicule insensible à n’être qu’une version « spirituelle » de soi-même ou encore à l’inverse comme machine performante de plaisir(s), parle de la dualité qui rompt l’unité de la présence dès lors qu’un indésirable a lieu (effort, maladie, douleur). Et c’est le même sentiment qui vient quand il s’agit d’atteindre dans l’action une performance physique sans entrainement[7]. Il doit bien y avoir pourtant une posture médiane entre ego et alterité(s), radicalement ouverte vers le dedans et le dehors, de façon à vivre une vie éthique, cohérente, à s’élancer vers la pluralité et la singularité en même temps et en évitant la co-errance — la dispersion de l’en-commun et la disparition de la biophilie avec les biotopes. C’est là que naît dans cette optique le projet galvanisant de Vegan Marathon, à l’initiative de Magà Ettori.
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— Corps en mouvement et mouvement en marche —
 Auctoritas, non veritas facit legem
Hobbes, Léviathan
Renversons cela ; ou mieux : (r)allions les. Cela semble incontournable.
    Le sociologue dont l’ouvrage nous sert ici de fil rouge ne l’aura probablement pas vu ainsi mais, la socialité, à l’aune de sa structure sociétale (lois, règles, droits et devoirs) sous l’égide de l’État — tout un chacun pouvant dire « l’État c’est moi » la société est un nous, un en-commun — peut être un agencement dont il convient sous de multiples rapports, de s’éloigner parfois, de prendre ses distances avec. Lorsque David Le Breton dans son Anthropologie du corps et modernité écrit que « Les activités cinétiques ou sensorielles, la recherche de limites à travers un extrême engagement physique (raid, marathon, stage de survie, triathlon, etc.) tendent à échapper à la socialité. » (p.132), il ne croit pas, il y a bientôt trente années de cela, si bien dire. C’est cependant qu’aujourd’hui la donne change. L’État sous contrôle d’immenses consortiums industriels et financiers qui n’ont d’autres but que d’accroître leur biopouvoir[8] quel qu’en soit le prix (expression à prendre au sens très littéral du terme), continue d’être notre espace privilégié d’entente et de lutte(s), notamment lorsqu’il s’agit de défendre intégrité et dignité des individus humains et non-humains au sein d’un écosystème (biosphère) mis à rude épreuve […] où le grouillement de vie se désertifie ultra rapidement. Néanmoins, porté-e-s par notre condition de vivants, nous ne pouvons nous résigner à voir les animaux souffrir et disparaître sans avoir à nous retourner contre le système dans lequel — et pour reprendre les mots de Magà Ettori, nous ne sommes plus dans notre rôle. Ce projet d’ores et déjà constitué, d’ores et déjà émotionné (mis en mouvement) c’est celui de faire une équipe de runners véganes qui, profitant de la tribune médiatique du ou des marathons, soit tout à la fois une chaîne humaine et pour le coup et performativement, telle une chaîne de caractères signifiants. Soudain courir, cet au-delà de soi pour soi bien connu dans l’effort sportif, se transforme en au-delà de soi pour l’autre par soi. De manière tout à fait pragmatique, le Vegan Marathon stimule à renouer avec le cosmos au sens symbolique, c’est-à-dire de voir et vivre à nouveau le lien perdu de l’ego avec l’altérité — la praxis réinsufflant l’exis et du sens — dans une activité réunissant égalitairement l’élan solitaire et l’allant solidaire. Ce projet c’est tout simplement de courir ou d’être supporters des coureurs/euses pour montrer, grâce aux vertus du sport, qu’on peut être en bonne santé, fort-e-s et uni-e-s dans un seul et même essor immanent. En cela, le Vegan Marathon est une activité transcendante à plusieurs niveaux. Elle ré-enchante peut-on dire, une ontologie sociale en peine à se justifier (se trouver), elle guide et libère ses membres qui deviennent des exemples — à suivre. Si l’existence précède toujours l’essence, le Vegan Marathon participe phénoménologiquement à redécouvrir l’éthique au cœur de l’ontique, de sorte qu’on puisse tout à fait s’approprier le propos henryen : « « L’élan vers l’au-delà » de la transcendance n’est-il pas plutôt, en réalité, un « retour sur », s’il est vrai que le dépassement de l’existant est seulement ce qui ouvre une place pour celui-ci ?[9] » C’est toujours l’autre qui me fait exister. Seul-e dans un non-univers n’aurait pas lieu d’être. 21192940_1649460905085390_459978820937829760_nPar là également, le Vegan Marathonrenverse la pseudo « libération du corps » qui se veut être « une mise à distance de « l’animalité » de l’homme (publicité, etc.) » qu’évoque D. Le Breton (op. cit. p.136). En ce sens donner raison à Étienne Bimbenet, souvent chafouin, quand il dit qu’autrement fructueuse s’avère la dualité centrifuge du soi et de l’autre que soi, du concernement et du détachement, du propre et du commun[10]. Et pour aller plus loin encore, plus seulement en analyse mais en correspondance, on peut rappeler ce qu’Alexander Sokolowsky[11] disait et que l’on doit ici à l’excellent texte de Catherine Repussard Éthologies en résonnances 1900-2000[12] : « Pour [lui], l’idée d’entraide au sein d’une même espèce, voire entre les espèces est à assimiler à l’origine du comportement éthique, bien que les animaux n’en aient pas conscience, qui culminera chez l’homme. Il note en ce sens : « Hier wurzeln die Anfänge der Ethik, wie sie sich beim Menschen in so hoher Ausbildung finden » (op. cit. p.77). — qu’on peut traduire, sauf erreur de notre part, par voici les racines des commencements de l’éthique, que l’on voit aujourd’hui au sommet de l’éducation humaine. On voit bien combien le projet de Vegan Marathon s’inscrit dans une revalorisation de l’ego dès lors qu’il est en charge de l’autre (égo-altruisme) par son ouverture empathique (la nature de la sympathie chez Max Sheller). L’effort physique dans le sport n’a plus pour unique but de se fortifier en défense et défiance vis-à-vis du monde extérieur, mais il est déplacement de l’être individué vers l’intersubjectivité compte tenu de la nature même de l’être-en-vie. Il est du côté du soin (care, pharmakonchez J. Derrida) et témoigne d’une prise de conscience qui entraine l’un vers le multiple sans qu’aucun n’existe aux dépends des autres. Dans la dialectique de la matière, l’ambivalence universelle, la part belle est donnée à l’antidote plutôt qu’au poison (pharmakon). De plus, au-delà de l’épreuve physique et du défi personnel et collectif, la position vegan marathonienne est très exactement la cinétique d’une dé-marche (passer à la vitesse supérieure de la course) politique, c’est un engagement philosophique du devenir. Aujourd’hui, à présent que les animaux sont ainsi devenus des « sujets » politiques à part entière comme le stipule le philosophe Patrick Llored, il appartient à la société civile (cf. Méryl Pinque) de faire bouger les lignes institutionnelles déniant encore massivement aux animaux l’entièreté de leur subjectivité d’êtres vivants sensibles, sentant, et pour la plupart et à leur manière, bien conscients, exploités sans vergogne par les zoopouvoirs modernes qui vivent de et pour cette dénégation fondatrice de la culture humaine[13]. Se dépasser dans le cadre d’un véganisme actif — militant en tous points/ lieux possibles — c’est aussi abolir l’enceinte de la limite (le spécisme en tant que peras) reconnue chez Llored comme « institution par excellence de la violence » (op. cit. en note) là où ce qui fait ce que nous avons été jusque-là est l’apeiron : l’illimité. Comment, très prosaïquement, se satisfaire de l’exploitation animale, de l’annihilation du vivant dans cet univers en expansion qui ne peut se raconter, manifestement, que grâce à l’enchevêtrement biotique, à son foisonnement ? De quoi sans aucun doute être animé-e-s de la volonté de franchir de toutes ses forces traditions et obstacles qui entravent encore de nos jours des milliers de milliards d’animaux terrestres et marins sacrifiés chaque année sur l’autel de l’ignorance humaine et de la cupidité. Laisser — autrement — son empreinte (eikon[14]) lors de notre bref passage dans l’existence ; existence qui a autant de valeur que celle de n’importe quel être vivant car inversement. D’une façon originale et bienveillante, Vegan Marathonest une piste à suivre où l’esprit de compétition rejoint le concept d’affordance[15] pour, à l’instar de ce que dit par Méryl Pinque « […] contribuer humblement à conjurer le cercle de violence que nous avons initié et dont nous sommes tragiquement prisonniers » partant que « Nous ne sommes pas le centre du monde, pas plus que nous n’en sommes l’origine et la finalité. » (p.43 et p.183 in Bêtes humaines ? Pour une révolution végane) Alors peut-être, en libérant les animaux, commencerons-nous d’être en mesure de répondre à cette triple interrogation ; celle du philosophe, celle du cinéaste militant, celle de tout un chacun-e qui, jetant un regard sur ses ex-actions d’hier envers les animaux ou d’autres humains et qui tendant les bras à une autre voie en chemin sans hétéro-phagisme d’aucune sorte répondra/demandant  :
 « Qui suis-je ? »
 M.via K.
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Le Vegan Marathon comme dépassement de soi

            Se dépasser soi-même, telle est l’injonction de Nietzsche dans Ainsi parlait Zarathoustra. L’homme n’est pas pour lui le sommet de l’évolution mais quelque chose qui se doit surmonter. « L’homme est une corde entre bête et surhomme tendue, une corde au-dessus d’un abîme. ». Loin d’être méprisante pour la « bête », cette phrase de Nietzsche accorde de l’importance aux deux extrémités de cette « corde » symbolique sur laquelle l’homme se trouve en équilibre instable. Si nous nous coupons de la bête, c’est-à-dire de notre animalité, nous perdons toute possibilité de nous dépasser en nous privant de toute notre énergie vitale, celle de notre corps, de nos instincts, de ce que Nietzsche nomme « Volonté de puissance ». Si nous nous coupons également du surhumain et que nous nous prenons pour l’aboutissement de l’évolution, nous ne progressons plus et devenons moins qu’humains.

Le dépassement de soi implique donc pour Nietzsche de puiser notre énergie dans notre corps, notre animalité. Il insiste souvent sur le fait que c’est en notre corps, donc dans notre animalité que réside notre vraie sagesse.

17362653_10212919042799632_3768464984122963501_nQuelle meilleure illustration que le défi que s’est fixé Magà Ettori dans son Vegan Marathon ?

Devenir Vegan c’est déjà, d’une certaine façon, se dépasser soi-même puisque cette évolution demande un effort de volonté : il faut renoncer à certains plaisirs gustatifs dans un souci d’éthique, par respect pour d’autres êtres vivants. Il ne s’agit pas d’un renoncement ascétique comme les différents jeûnes préconisés par les religions. C’est plutôt une affirmation de notre engagement aux côtés de nos frères animaux non humains. C’est un effort de cohérence et d’harmonie entre le cœur (nos émotions, notre amour des animaux, nos sentiments d’empathie devant leur souffrance), l’esprit (la théorisation de ces sentiments et l’argumentation philosophique qui nous permet de justifier notre démarche) et notre corps.

Ce corps qui sent, qui éprouve plaisir et douleur n’est pas une pure machine comme le croyait Descartes, pas plus que celui de l’animal. Ce corps qui sent et qui ressent plaisir et douleur, est aussi un corps qui pense. Comme l’ont montré les philosophes empiristes au XVIIIe siècle, la pensée commence avec la confrontation, la comparaison de plusieurs sensations. « Penser » qui vient du latin ponsare (peser, soupeser) signifie étymologiquement mesurer, estimer la valeur, comparer. Et le premier critère d’évaluation pour l’animal comme pour nous c’est le plaisir. Ce qu’on appelle sottement « instinct » chez l’animal n’est que cet aiguillon intérieur (in-stinctus) qui nous pousse à agir. Et cet aiguillon, ce moteur de l’action c’est bien évidemment l’intérêt qui se résume à deux choses : chercher le plaisir et fuir la douleur. Chacune de nos sensations va donc être jugée, évaluée, mesurée en rapport avec cet intérêt. Penser commence ainsi : faire le choix du meilleur.

Mais l’homme se caractérise par sa capacité à évaluer son intérêt non pas seulement à court terme en fonction du plaisir immédiat apporté par l’action envisagée mais aussi à long terme. Ainsi certaines personnes renoncent-elles au plaisir gustatif lié à la consommation de viande, poisson et produits d’origine animale en prenant conscience de l’intérêt à long terme qui est en jeu dans leur alimentation : leur santé. Effectivement, les rapports de l’OMS ont bien souligné le caractère cancérigène de la charcuterie par exemple et ont désigné la viande rouge comme probablement cancérigène également. Les médecins reconnaissent aujourd’hui de la même façon la nocivité des produits laitiers contenants des hormones de croissance qui ne conviennent qu’au petit de la vache et non à des humains.

Ainsi parlait Zarathoustra
Ainsi parlait Zarathoustra Première partie – Des trois métamorphoses

Mais l’homme se caractérise aussi par sa capacité à évaluer et juger en fonction d’un critère moins utilitaire que celui de sa santé : le critère moral. En effet, Au « bon » qui désigne l’agréable (ce qui provoque du plaisir) et/ou l’utile, l’homme a ajouté le « bien ». Nietzsche dans Par delà le Bien et le Mal, nous montre qu’en réalité derrière nos définitions du Bien et du Mal se cache encore une forme d’intérêt. Contrairement à Kant, il refuse de croire que la morale est totalement désintéressée. Il pense qu’elle vise seulement à satisfaire un intérêt plus subtil qui serait la bonne conscience et qu’on pourrait aussi nommer l’estime de soi. Nous recherchons ainsi à travers le comportement moral une valeur personnelle, nous recherchons une forme de cohérence interne, d’harmonie. Contrairement à Kant on peut soutenir qu’à l’origine de la morale il y a donc le sentiment et suivre Jean-Jacques Rousseau qui plaçait la compassion, la pitié, à l’origine du sentiment moral. C’est bien cette pitié, cette compassion (cum-patior = souffrir avec) qui peut animer le végan et non pas seulement le souci de sa santé. Rousseau affirmait que l’amour de soi, la quête de l’intérêt, était le premier moteur de nos actions mais il y ajoutait la « pitié » qu’il voyait comme un frein qui nous permettait de rechercher notre bien en évitant de nuire à nos semblables. Cette pitié il la définissait de façon très réaliste comme une simple « répugnance à voir ou à faire souffrir un semblable ».

Qui est mon semblable ? Selon Rousseau l’homme civilisé a tendance à limiter au maximum sa capacité d’identification à autrui : l’autre ce n’est pas moi, sa souffrance n’est pas la mienne et donc ne m’émeut pas. Au contraire il pensait que les enfants et les hommes à l’état de nature avaient une imagination plus ouverte capable de leur faire reconnaître en l’autre un semblable et éprouver ainsi pour lui de la compassion.

Ainsi pour nous vegans, l’animal est notre semblable puisque comme nous il souffre, il éprouve plaisir et douleur et ressent des émotions. Nous pouvons nous mettre à sa place et imaginer ce qu’il éprouve dans ces élevages concentrationnaires, dans ces transports interminables, dans ces abattoirs où on le tue sans souci de sa qualité d’être sensible.

Sa souffrance est donc la nôtre et c’est pour éviter cette souffrance, la sienne et la nôtre par conséquent, que nous refusons de manger sa chair et les produits liés à son exploitation.

Notre éthique végane naît donc bien de nos sentiments, amour et compassion, pour nos semblables les animaux. Et pour nous la satisfaction de ne pas participer au carnage, à leur exploitation, à leur torture est plus forte que le plaisir immédiat que nous pouvions avoir autrefois à manger leur chair. Nous ne faisons donc pas là un sacrifice, nous préférons satisfaire notre besoin de cohérence et notre désir d’avoir la conscience en paix plutôt que de satisfaire notre gourmandise primaire. Nous privilégions notre appétit de justice plutôt que notre appétit alimentaire !

Beaucoup d’entre nous ont connu avant de faire ce choix cette « dissonance cognitive » si inconfortable dans laquelle demeurent encore nombreux êtres humains : ils aiment les animaux, ont pitié de leur souffrance, ils aiment leur chat, leur chien… Mais ils continuent pourtant à manger de la viande et sont dans une sorte de déni, se refusant à reconnaître dans leur assiette, derrière le steak, l’animal mort.  Mais cette position est intenable philosophiquement, impossible à justifier. Elle nous met donc dans un sentiment de malaise. Nous ne sommes pas en accord avec nous-mêmes. Nos idées sont en faveur de la protection des animaux, notre cœur souffre avec eux mais notre corps, notre ventre affamé n’a pas d’oreille pour écouter ce que lui disent le cerveau et le cœur.

Devenir végan c’est se réconcilier avec soi-même et être enfin en harmonie, mettre son comportement alimentaire en accord avec nos sentiments de compassion envers les animaux et avec nos convictions animalistes.

Cette harmonie nous rend plus forts et Magà l’a prouvé en accomplissant ce remarquable exploit de courir ce marathon. Se dépasser soi-même ce n’est donc pas renoncer à soi-même, infliger des souffrances à son corps, lui demander des sacrifices, mais c’est au contraire se réconcilier avec son corps, l’aimer et le glorifier en reconnaissant en lui la meilleure part de nous-mêmes : notre animalité !

J’ai toujours remarqué que l’attitude que les hommes avaient vis-à-vis de leur corps reflétait celle qu’ils avaient vis-à-vis des animaux. Ceux qui ont peur de leur animalité, de leurs instincts, de leurs pulsions rejettent souvent également les animaux et ils les considèrent comme inférieurs au même titre qu’ils considèrent leur propre corps comme une simple enveloppe, un simple mécanisme. Ils méprisent en l’animal ce qu’ils ont peur de trouver en eux-mêmes. Au contraire, ceux qui aiment les animaux aiment aussi généralement leur corps et l’animalité en eux. On constate cela par exemple chez Colette qui exalte le corps, sa liberté, sa sensualité et son animalité et entretient en même temps des rapports affectifs très forts avec les bêtes.

ainsi-parlait-zarathoustraCourir pour les animaux et en étant végan c’est donc affirmer notre ressemblance avec eux, notre fraternité. C’est affirmer une harmonie entre nos sentiments, nos pensées et nos actions. C’est aussi bien-sûr se dépasser soi-même en se lançant un défi. « Ce qui ne tue pas rend plus fort » écrivait Nietzsche.  Cela donne un sens à l’effort et à la lutte parfois difficile pour parvenir à mettre notre corps et notre vie en accord avec notre cœur. Mais c’est à ce prix que l’on peut peut-être accomplir cette autre injonction du philosophe : « Deviens ce que tu es ». Ce que nous sommes c’est avant tout des animaux et des animaux capables de se donner un idéal d’harmonie avec le monde des vivants. L’harmonie commence en nous, dans notre corps, dans ce dont il se nourrit et dans les actes qu’il accomplit. Notre corps rend concret et manifeste notre engagement pour la cause animale.

 Notre corps devient alors le porte-parole des « sans voix » !

                                                                                                           Gisèle SOUCHON

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Gisèle Souchon, auteure, agrégée de philosophie, est professeur en classes préparatoires au lycée du Parc, à Lyon.

Le Marathon du Luberon

1374069_670812599596821_1500641986_nUn super parcours au cœur du Luberon en pleine nature, un environnement à préserver pour l’homme et les animaux alors je n’hésite pas à courir avec m’y tee shirt VEGAN MARATHON AU CŒUR DU LUBERON le départ des courses se fera au cœur de la ville de Pertuis le long du majestueux Cours de la République. De plus, les marathoniens rejoindront la commune de Villelaure et dérouleront les 20 premiers kilomètres dans la plaine extra plate de la Durance. Pour cette nouvelle édition, la fête est à l’honneur et de nombreux groupes de musique du monde animeront les 42,195 km du parcours.  Ensuite, les marathoniens et semi-marathoniens retrouveront le parcours « historique » du marathon avec une escale autour de l’étang de la Bonde. Ils se dirigeront ensuite vers la ligne d’arrivée au pied du somptueux château de la Tour-d’Aigues ou attend, pour les participants de chaque course, un grand dernier ravitaillement festif et terroir (kinés, remise des vins…). Et pour le public, un mini marché provençal avec buvette, restauration, producteurs locaux… en attendant les récompenses au podium pour plus de 150 coureurs. Le temps limite imparti pour effectuer le parcours est de 5h30.

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Céline Delaunay, vit à Marseille depuis 15 ans, originaire de Normandie, runneuse depuis l’adolescence. À 40 ans marathon de Paris en 2016, adepte du Marseille-Cassis. Prochains grands défis 2017 Nice-cannes 42km, 2018 Raid Camargue 84km, 2019 Millau 100km

 

Site du marathon : http://www.marathon-luberon.com

Mon premier « Vegan Marathon » en Russie

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Il est 4 heures du matin à Saint-Pétersbourg, soit 2 heures à Paris, je suis dans mon lit les yeux grands ouverts… Et je dois pisser à mort! Pourtant j’ai pas tellement bu, mais j’arrête pas d’avoir envie d’aller aux toilettes. De toute façon il fait déjà jour depuis belle lurette en Russie, et il n’y a pas de stores dans notre chambre.

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J’essaye de faire quelques squats, méditer, je m’habille, quelques pompes, me déshabille, prends une douche froide, me rhabille, savoure un morceau du cake chocolat-banane végane que ma femme a préparé avant de venir ! J’essaye de ne pas la réveiller mais elle fait sûrement semblant de dormir. Nerveux ? Oui, bien sûr, avec tout ce qu’on m’a dit, le mur du trentième kilomètre, et qu’est-ce que je vais dire si j’y arrive pas…  Tout le monde est au courant. Après 3 heures interminables, Masha émerge du lit! Il est temps finalement d’y aller. Je suis prêt ! L’hôtel se trouve juste à côté du départ, pour une fois, j’ai pris une bonne décision. Il n’y a pas encore grand monde en face du Palais d’Hiver.

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La température est parfaite, pas trop chaud pas trop froid, mais j’ai jamais autant eu envie d’aller pisser !!! Je ne suis pas le seul apparemment, même devant les toilettes à 20 roubles il y a une file interminable.

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Le monde commence à arriver. Et entre deux pipis, j’essaye de m’échauffer sur des rythmes technos-russes endiablés.

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VEGAN MARATHON RUSSIE 7.pngBref, l’ambiance est à son comble. 8 heures arrive à grand pas, et le temps commence à s’accélérer. Je suis dans les starting blocks… Entre 4 heures et 4 heures 15 : Y’a trop moyen, je suis chaud boulette là. En plus j’ai envie de pisser.

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BOUM, go c’est parti ! Franchement, ambiance de malade, le public hurle, des gens sont habillés n’importe comment, les 5 premiers kilomètres… facile. D’ailleurs, qui vois-je au cinquième kilomètre rayonnante d’entre tous? Mais c’est Masha. Bon, c’est vrai que ça donne de l’énergie d’être soutenu. Je dois évidemment pisser, mais il y a pleins d’arbres, maintenant que je suis rassuré, je n’y irai plus jusqu’à la fin du marathon. J’accélère un peu parce que je me sens bien. Les 6 premiers je les fait calmement en 33 minutes, par contre les 10 en 56 !

VEGAN MARATHON RUSSIE 10.pngPlus que 4 fois ce que je viens de faire. Tout va bien, je vais bien, même pas fatigué, même si l’ambiance est moins électrique, étant donné que la plupart des gens étaient venus pour le 10 kilomètres. J’ai dépassé le meneur de 4 heures, et je me dis que si ça se trouve, coolos, je vais me faire ce premier marathon en moins de 4 heures! Y’a trop moyen. 20 km -> 1 heure 50. Facile, je ne dirais pas, mais ça va…. Ça va. J’arrive donc à la moitié en 2 heures. Il faut juste que je refasse ce que je viens de faire. Bon Saint Pet’, c’est joli et tout et tout… Mais je commence un peu à me faire chier, et surtout qu’il y a de moins en moins de monde. Je cours à côté de Kurt Cobainsky donc tout va bien.

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Comme on m’a parlé de mur, je vais donc ralentir de 20 à 30, et à 30 je donne tout!!!!!!! Donc, à partir de maintenant, j’essaye de regarder la ville, la musique de mon téléphone commence à déconner, et une petite douleur aux genoux se fait sentir. Mais bon, c’est plus facile que ce que je pensais, tiens, un ravitaillement, quelle bonne occasion pour se reposer un peu… Par contre repartir ça devient compliqué.

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Haaa seulement 27 kilomètres, mais c’est pas possible, les kilomètres deviennent de plus en plus longs ou quoi ?!? Merde, y’a le meneur de 4 heures qui est en train de me dépasser, non pas moyen, vas-y accélère… Ok laisse tomber, tu ne le feras pas en 4 heures ce marathon. Mais en moins de 4 heures 15, y’a moyen, y’a moyen… Et si je prends un gel végane, ça ferait passer un peu le temps ? Ouais, pourquoi pas. Allez, je suis dans une belle ville, lève la tête, visite… Mais qui vois-je ??? Masha, elle est là au kilomètre 29 !!!

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Rien à foutre, je l’embrasse, dommage qu’on a pas filmé la tête du flic…. Elle court quelques mètres avec moi…, et les gens lui demandent si elle fait le marathon en tongs. Comme elle m’a donné une énergie de malade, je réaccélère. Au 30ème kilomètre j’y suis en 3 heures 05, d’un côté je sais que je vais le terminer ce foutu marathon, mais d’un autre côté je sens que je vais en chier !!!! Comme une amie marathonienne aime à me le répéter souvent… Le marathon commence au trentième kilomètre. On va y aller, 5k par 5k, ravitaillement par ravitaillement. En fait, physiquement, ça va, je suis évidemment fatigué, mais c’est surtout mes genoux! Putain qu’est-ce que j’ai mal… Je pense qu’à partir de maintenant, je vais trottiner jusqu’au km 35, et au dernier ravitaillement je vais tout donner!!!!  AIO AIO AIO ! Après 5K interminable, je me fais une petite pause, essaye de repartir, mais là, c’est mon mollet gauche qui commence à trembler, en fait j’ai peur d’accélérer et de me faire un claquage ou une crampe. Je n’ai jamais couru aussi longtemps, la plus grande sortie que j’avais faite était de 35 k… Les kilomètres deviennent de plus en plus longs, les meneurs de 4 heures 15 et 4 heures 30 m’ont déjà dépassé, et là une petite vieille de 120 ans vient de me doubler, j’essaye tant bien que mal de repasser devant mais là…. Plus moyen. Aux kilomètres 37 – 38, on descend quelques tunnels, le problème c’est qu’il faut les remonter après, et putain c’est long… Il y a pleins de mecs qui marchent, d’autres qui sont assis ou couchés, il y en a même un qui vomit… Je pense avoir un peu marché là, parce que j’en pouvais plus !!!! Même si j’en crève d’envie, je vais pas abandonner à 4 km de l’arrivée …. Pour me rassurer je me dis que je dois sûrement avoir la même gueule qu’eux. Il y a une énorme montée pour passer le dernier pont, là quelques russes me gueulent mon nom : “vas-y DJONATANN, DAVAÏ!!!!!!”, ça me remotive, mais je me dis que je dois pas être beau à voir. Haaaaaaa, seulement 40, mais c’est pas possible.

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la veille « Magà je suis prêt ! »

Magà, laisse tomber, je te le dis franchement, plus jamais je ne courrai un marathon, qu’est-ce qui m’a pris! Plutôt que de rester chez moi, le cul assis sur mon piano, je me retrouve en train de galérer, j’ai mal aux pieds, j’ai mal au dos, j’ai mal à des endroits que je ne savais même pas qu’on pouvait avoir mal !!!!!!! 41, les gens hurlent, quand ils voient ma gueule j’imagine qu’ils comprennent à quel point j’ai pas envie d’être là!, mais ils m’encouragent, vas-y, vas-y ! Et là, patatra, le meneur de 4h45 passe devant moi…. Naaaaaaaaaaaan. Impossible de le rattraper, mais il faut pas que je le quitte des yeux, je pense à Masha qui doit m’attendre (depuis plus d’une heure…). J’en peux plus, tout mon corp est fatigué, même mes sourcils sont fatigués….. Là y’a un mec qui me tape sur l’épaule, il me montre le finish, “allez, go, on y va ensemble”. T’es gentil, mais t’y vas tout seul… La j’entends Masha “Jojo, jojo, vas-y jojo!!!!”. Allez accélère comme tu peux, je vois mon score… 4 h 48, c’est à dire que j’ai mis plus d’une heure et demie  pour faire les 12 derniers kilomètres, mais je m’en fous.

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Je passe ma tête sous la médaille, et prends la bière tiède qu’une jolie demoiselle m’offre… Je tombe dans les bras de Masha, putain, je l’ai fait, c’est fini.

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Tant bien que mal, je rentre à l’hôtel qui se trouve à deux rues d’ici en 40 minutes… Monter les escaliers ça va encore, c’est surtout les descendre…. Je crois que je vais bouffer mon poids en pâtes, uploader mon statut fb et mourir dans mon lit

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En tout cas, celle là je l’ai bien méritée, prochaine étape… Semi de Boulogne, Paris… Je le fais en moins de 4h30! C’est sûr.

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Portrait : Yohan Euthine

  • Pourquoi envisagez-vous de courir le Marathon de Paris en avril 2018 ?

J’ai toujours voulu courir un marathon sans jamais me lancer. Quand j’ai commencé à suivre Vegan Marathon, je me suis demandé pourquoi il n’y avait pas 200 véganes à le faire donc lorsque le projet est sorti de terre, après la course de Magà j’ai sauté sur l’occasion. Mes motivations sont simples, faire comprendre aux masses que « non, être vegan ce n’est pas être malade faible et mal portant » je courrais le marathon

  • Comment choisissez-vous un équipement respectueux de la vie animale ?

Ça c’est le plus compliqué… Mais j’utilise des chaussures aux matières exclusivement synthétique donc pas de soucis. Idem pour les vêtements

  • Quelle est votre fréquence d’entrainement ?

J’essaie de courir une à deux fois par semaine avec des amis en forêt surtout. Joie de la campagne.Photo yohan euthine (9)

  • Que buvez-vous ?

De l’eau

  • Etes-vous suivi par un médecin ?

Mon médecin qui n’a jamais vu quelqu’un aussi en forme

  • Côté sommeil ?

Je ne dors quasiment pas depuis que j’ai 12 ans. Environ 4 heures par nuit.

  • VEGAN MARATHON fédère et permet de se dépasser pour défendre un mode de vie juste, éthique, bienveillant, moral et respectueux du vivant sous toutes ses formes. Qu’est-ce que ça vous inspire ?

Je suis content de voir que les mentalités commencent à changer pour de vrai, que les gens se posent des questions sur l’origine, le traitement et la nature de leur « nourriture ». J’essaie de sensibiliser les gens autour de moi mais ça reste un terrain escarpé.

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  • A votre avis, quel impact peut espérer avoir l’action VEGAN MARATHON ?Positif quoi qu’il arrive. Nous sommes là pour créer un électrochoc, une remise en cause de l’image même des vegan/végé. Donc je pense qu’on est sur la bonne voie

 

  • Etes-vous VEGAN MARATHON ? 

Je suis vegan marathon, je n’abandonne jamais, je me bats pour mes idées, je tente de prendre soin des autres par tous les moyens qui me sont permis. Vegan marathon est un esprit de non résignation. Je suis vegan marathon parce que je ne me laisse pas freiner.

L’avenir appartient aux Veganautes

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K. en cuisine

Pourriez-vous vous présenter et nous expliquer qui sont K&M et ce que sont des Veganautes ?

K. est l’épouse de M., l’époux de K. D’un âge moyen mûr mais pas trop avancé, ils sont comme les oiseaux du même nom : inséparables. Tout le monde sait ce que sont des véganes. Des veganautes on peut donner la définition suivante : VEGANAUTE(s): n. – 21ème siècle. – de Vegan (syncope de l’anglais veg(etari)an, 1944) et de ναῦται (du grec navigateur, marin.) dans le sens de voyageur, chercheur, explorateur. Par extension virtuelle, qui circule sur le net pour agiter à son tour et dans le monde l’information végane et créer une émulsion, faire accroître le véganisme (mode de vie).

Pourquoi est-ce que la Veganothèque parle de livres et non de vins végans ?

Parce qu’on lit plus qu’on ne boit, et heureusement, sinon on serait des cirrhosautes. Bon, et puis ce serait une vinothèque. Si de temps en temps on partage la découverte d’un vin vegan déniché de ci de là, nous en apprécions la consommation uniquement avec un bon repas bien préparé, et aussi plutôt rarement. Quant à la véganothèque, disons que c’est notre idée de la bibliothèque idéale où tous véganes ou personnes intéressées par le sujet peuvent y piocher des idées de lectures.

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M. dans la bibliothèque

Est-ce que vos billets d’humeur sont gentils ?

Certes, mais ils sont plus rares que les articles. Ils concernent souvent des événements positifs auxquels on participe : marches, conférences, vegan places, etc. Pour avoir de la critique au sens négatif du terme, il faut aller voir du côté des articles. Mais nos « reproches » sont souvent poliment dissimulés. On ne veut pas faire du buzz avec de la polémique et du jugement à l’emporte-pièce.

Les Veganautes une espèce comme les autres ?

Oui, nous sommes antispécistes.

Est-ce que l’on est Veganaute de naissance ?

Hélas, de nos jours on le devient plus qu’on ne naît ainsi. Être veganaute, c’est s’inscrire dans une démarche philosophique éthique qui justement cherche à façonner le devenir.

Tout le monde peut-être Veganaute ?

En tout cas selon nous, tout le monde devrait être veganaute. Et les animaux… ? Disons que si l’on fait un combo entre l’idée zoopolitique de la prédation de Thomas Lepeltier et le futur chimérique des Seigneurs de l’Instrumentalité de Cordwainer Smith, alors il se peut bien qu’un jour lointain les animaux le deviennent aussi… des veganautes.

Les apprenti(e)s Veganautes ont-il le droit de voir cuisiner Kathy ?

Ils n’en ont pas le droit car la Loi ne le prévoit pas : apprenti.e.s comme lectorat. Demande-t-on aux Daft Punk d’enlever leurs masques ? Non, car ça briserait le rêve (rires).

Que feront les Veganautes quand le monde sera « véganautés » ?

Ils redeviendront omnivores par esprit de contradiction (rires), non bien sûr, ou plutôt si, car alors être omnivore ce sera le fait de manger tout ce qui se mange en effet, autrement dit tout ce qui est de l’alimentation végétale. En vérité malheureusement, ils seront morts veganautes bien avant l’avènement de la planète Vegan.

Un vegan est un vegétalien (qui va au de-là du régime alimentaire), mais alors une personne végétarienne peut-elle être aussi Veganaute ?

Dans l’esprit complètement, s’il s’agit d’une démarche éthique et pas que pour la santé. Sinon, il reste à la personne encore juste une marche à franchir : la meilleure pour les animaux et sa conscience.

Les Veganautes sont-ils optimistes concernant la protection des animaux ?

Si on est réalistes, alors on est pessimistes, sachant que 60% des espèces terrestres ont disparues, et que la moitié des habitants des océans aussi.  Optimistes, en pensant que la prise de conscience actuelle devrait continuer à faire tache d’huile et que ceux qui resteront à protéger le seront.

L’avenir appartient aux Veganautes ?

Nous nous levons très tôt, donc…

LIFE IS A MARATHON