Des animaux et des hommes

L’humanité est au carrefour de deux voies, celle qui conduit à un monde éthique et digne sans cruauté envers les animaux et l’autre qui poursuit le chemin de la dérive et de la barbarie.

Le choix de voies intermédiaires nous mènera à des impasses, pour finalement de gré ou de force emprunter un chemin univoque.

Pourtant, entre les militants abolitionnistes et les défenseurs des boucheries il y a tout un éventail de courants qui se revendiquent comme défenseurs d’une même cause à différents degrés et avec des perspectives plus modérées.

Tous s’ouvrent à un ensemble de réflexions sur la question du traitement des animaux et la place des animaux dans notre société.

L’ouvrage « Des animaux et des hommes », est un recueil d’entretiens et de réflexions dirigés par Alain Finkielkraut, avec les auteurs suivant :

Elisabeth de Fontenay, Francis Wolff, Benoît Duteurtre, François Morel, Hervé Charuel, Vincent Delargillière, Jocelyne Porcher, Yann Sergent, Isabelle Sorente, Jean-baptiste Del Amo, Corine Pelluchon, Jean-Pierre Digard, Jean-Christophe Bailly, Jacques Dewitte, Claude Habib, Pierre Pachet.

Ce recueil aborde plusieurs thèmes concernant le bien-être animal et le statut des animaux dans notre société.

Alain Finfielkraut, né à Paris en 1949, philosophe, écrivain et académicien.

Il s’est engagé dans le mouvement de 1968 avant de rejoindre la « nouvelle philosophie » dans les années 1970.

Enseignant dans plusieurs universités prestigieuses.

Auteur de nombreux ouvrages. Les thèmes abordés sont la mémoire, la modernité et la culture contemporaine. Il défend la notion d’identité et développe ses positions sur l’antisémitisme et le racisme, le multiculturalisme. Il dénonce les failles du système éducatif français qui conduisent à la marginalisation des enfants de l’immigration.

Il est depuis 1985 producteur de l’émission « Répliques » sur France Culture dans laquelle il aborde des sujets politiques, philosophiques ou de société.

Dans cet ouvrage le panel des intervenants reflète les multiples courants des défenseurs de la cause animale.

Alain Finkielkraut mène le débat avec souci d’équilibre et d’objectivité, tout en laissant jaillir parfois ses propres réflexions sur la cause animale.

Les réflexions sur ce sujet sensible, ne sont pas exemptes d’émotions et d’affectes, pour cause puisqu’elles impliquent la conscience morale et collective de l’humanité, l’éthique, la vie et la mort d’êtres vivants sensibles.

Plusieurs thèmes sont développés par ces acteurs des différents courants de pensés.

La corrida, la culture humaine face à la cause animale, l’épisode de la vache folle, les problématiques et les témoignages des paysans dans les élevages, ainsi que des questions plus philosophiques telles qu’elles sont abordées dans la littérature, et également la question très actuelle de la politisation de la cause animale.

La création d’une instance politique, d’un secrétariat d’Etat à la condition animale ou mieux encore un ministère qui prendrait en charge les différentes et nombreuses problématiques du traitement des animaux dans notre société, devient aujourd’hui une question primordiale.

Les idées s’opposent, s’affrontent, se heurtent mais inévitablement se rejoignent toujours sur un point : l’humain ne doit pas faire souffrir les animaux.

Alors à quoi bon continuer de les tuer à contre cœur ? Pourquoi les humains ne cessent-ils pas de massacrer les animaux pour les manger ou bien utiliser leurs peaux dont aujourd’hui nous n’avons plus besoin.

Faudrait-il que notre planète soit à l’agonie, que l’écosystème soit anéanti, que des maladies se propagent, que des catastrophes surgissent pour que nous concédions à changer nos habitudes alimentaires ?

La souffrance des animaux, comme argument de persuasion, ne devrait-il pas suffire pour nous convaincre de changer ?

L’urgence est là, l’atmosphère est lourde, la réalité nous éclate au visage, la souffrance se fait entendre, les cris des animaux transpercent nos cœurs, perturbent nos consciences, nous poussent à agir, à dénoncer, à clamer, nous interpellent, nous contraint à réfléchir, nous pousse et nous invite à évoluer et à construire avec dignité le futur de notre société, le futur de l’humanité.

Alain Finkielkraut, se positionne en fervent défenseur de la cause animale, il émet cependant une virulente réserve à l’égard des courants abolitionnistes dont sont issus les véganes. Il est catégoriquement pour la fermeture des élevages et abattoirs industriels, mais en faveur d’un retour aux élevages traditionnels.

Sur ce sujet, sa pensée semble heurtée et barricadée par l’affecte, ne lui permettant pas de prendre la distance nécessaire pour s’engager de façon plus radicale et honnête en faveur de l’arrêt totale de l’utilisation des animaux comme produits de consommations.

Alain Finkielkraut regrette amèrement la souffrance infligée aux animaux, mais sa proposition est contradictoire, car les élevages traditionnels n’y mettront pas fin, la mise à mort ne pouvant pas être dissociée de la souffrance.

Il évoque sa peur de voir disparaitre les races d’animaux d’élevages, les poules, les vaches, les cochons, et ne s’ouvre pas sa réflexion vers un futur différent qui réinventerait un nouveau modèle de lien entre les humains et les animaux. 

Les propositions évoquées dans le brillant essai Zoopolis de will Kymlicka et Sue Donaldson, qui envisagent des espaces sanctuarisés et dédiés à la préservation des espèces, sont par exemple des supports de références qui ouvrent la voie vers une construction sociétale innovante et créatrice pour les humains et les animaux.

Changer les choses suppose adopter une position radicale afin de donner l’impulsion au changement pour qu’un nouvel équilibre puisse en découler.

En s’accrochant aux modèles qui existent déjà, Alain Finkielkraut ferme la porte à une nouvelle forme de société éthique qui mettrait fin à la souffrance et la mort institutionnalisées des animaux.

Alain Finkielkraut nous offre avec cet ouvrage, un précieux tour d’horizon sur le sujet de la cause animale, qui nous permet de mieux comprendre les idées, les réticences, les points communs et les désaccords des acteurs des mouvements animalistes et des éleveurs.

Il nous présente des invités de grande qualité, qui par leurs réflexions, leurs connaissances et leurs expériences nous permettent d’élaborer et d’affiner une réflexion relative aux droits des animaux. C’est avec brio et finesse qu’il mène le débat et les échanges.

Merci aux auteurs pour leur honnêteté, pour leurs combats.

Souhaitons à notre société et à l’humanité dans son ensemble, que dans un futur proche nous marchions ensemble sur la voie qui mène à la délivrance des animaux et que nous puissions ainsi assister à l’avènement d’une ère nouvelle sans souffrance animale et sans hiérarchisation du droit à la vie.

« La volonté de promouvoir un monde où l’on prend en compte les intérêts des humains et ceux des animaux ne conduit pas à effacer la différence ou les différences entre eux et nous, mais elle souligne, au contraire, notre surcroît de responsabilité envers les autres vivants….On peut être antipéciste ou plutôt non spéciste tout en étant humaniste…Il n’est pas question ici d’un nouveau spécisme, mais d’un nouvel humanisme, c’est à dire d’un humanisme où l’être humain prend conscience de ses responsabilités à l’égard des autres êtres, dont la vie lui a été confié et qui sont à sa merci.» (Corine Pelluchon, enseignante, philosophe, spécialiste de philosophie politique et d’éthique appliquée.)

Karine Dana

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.