UN ZÈBRE DANS LA BRUME

Après la réussite à l’ultra-marin et une semaine de repos, j’étais confiant pour aborder ma 6000D et pour la première fois une course de montagne. Le Hi bou a déclaré forfait, je devais donc nous représenter tous les deux.

DE JOYEUSES RETROUVAILLES

Après un long voyage, je retrouve mon ami Nicolas venu gentiment me chercher à la gare. Nous nous rendons à la pizzeria ou Nicolas avait réservé. Nous passons un bon moment ensemble. Il est 15 h 30, nous avons terminé notre repas et traversons la rue pour aller chercher mon dossard.

Les bénévoles sont super sympa, j’en reparlerai plus tard. Je porte le dossard 397. En cadeau, je reçois un kway labellisé 30 ans de la 6000D, jaune et bordeaux, je le trouve beau et une ceinture pour y mettre ses documents personnels. J’ai oublié d’emmener des tours de cou, j’en achète donc trois siglés 6000D. À un prix plus que correct ainsi qu’une casquette originale multicolore. Je repars avec Nicolas qui me conduit gentiment à l’hôtel de l’aigle rouge où je vais séjourner. Arrivé à destination, je récupère la clé de ma chambre et prépare mes affaires pour le lendemain pendant que le Hi Bou explore les environs. Une fois cela fait, nous allons boire un coup au White bar pour offrir un verre à mon ami, il le mérite bien. Le bar est tenu par un anglais qui parle français, l’établissement est une sorte de pub. Comme je veux me coucher tôt, (lever à 3 h 00 du matin, navette à 3 h 45 et départ de la course à 5 h 00 du mat’). Le départ a été avancé par anticipation d’éventuels orages. Il n’y en aura pas. Nicolas retourne à son camping et m’encourage pour le lendemain.

LE JOUR J

Je n’ai pas bien dormi et j’ai la gueule en vrac. Je décide de prendre une douche froide pour me réveiller et revêtu de ma tenue d’ultra trailer, je me dirige vers l’endroit où doit se trouver la navette à 3 h 45. Lorsque j’arrive à l’endroit convenu, il y a déjà quelques coureurs à peu près tous éveillés comme moi. Je discute avec quelques-uns. Nous nous questionnons : « Pourquoi ont-ils maintenu la montée au glacier ? » même si au fond de nous, nous pensons qu’une 6000D sans montée au glacier n’est pas vraiment une 6000D. La navette arrive, nous montons tous à bord et partons en direction d’Aime dans un religieux silence.

AU COEUR DU DEPART

Arrivés sur place, nous ressentons l’ambiance de cette course mythique. Je me dirige dans la salle où l’on peut aller aux toilettes et je vais voir si je peux prendre un café. Derrière un bar se trouve une cafetière pleine mais elle ne nous est apparemment pas destinée. Il faut se rendre aux consignes pour avoir du café. Tant pis, ce sera sans car je ne trouve pas les consignes. Il faut remonter toute la ligne de départ pour passer au contrôle du SAS. Je suis dans le SAS une demi-heure avant le départ. J’en profites pour prendre quelques photos, demande à un des concurrents d’immortaliser pour moi ce moment en prenant quelques clichés. Nous échangeons un peu. Il a déjà couru l’échappée belle. Respect. Il règne une bonne ambiance et la fête est magnifique. Ce n’est pas pour rien que la 6000D a une si bonne réputation sur tous les plans. Quelques minutes avant le départ, il est rendu hommage à un certain Jérôme suivi d’un clapping 10,9,8,7,6,5,4,3,2,1, c’est parti !

PRUDENCE, AMBIANCE…

Lors du trail des gendarmes et voleurs de temps, un ex-organisateur de la 6000D m’avait conseillé de partir prudemment sur la première partie de la course. Je suis parti à 8 km/h comme il me l’avais suggéré afin de me préserver. Je me laisse dépasser par un grand nombre de coureurs. Bien sûr, nous avons tous les frontales. Par certains endroits se forment des bouchons, les parisiens plaisantent à ce sujet (oui, il y en a), mais ça ne dure pas. Nous entrons rapidement dans le vif du sujet et dans la forêt où le dénivelé positif est constant pendant au moins 13 km. De la montée de nuit, dans les bois. Lorsque nous arrivons dans les villages, les bourgs, avec un peu de plat et de descente avant de reprendre les côtes, nous apprécions les encouragements des habitants , les cloche s qui tintent et les chaleureuses félicitations et bruyants applaudissements des habitants qui se sont levés de bonne heure pour nous encourager. La présence de ces personnes qui se sont levées de bonne heure pour venir nous soutenir nous a été droit au cœur. Aujourd’hui, la 6000D a le public le plus chaleureux que j’ai pu voir lors de mes courses.

DES PAYSAGES SUBLIMES

Cet ultra est aussi pour moi un cheminement spirituel. Je profite de chaque instant présent. Lorsqu’il fait nuit, j’écoute attentivement le murmure des ruisseaux, le chant des oiseaux qui se réveillent et je me concentre sur mes pas tout en regardant autour de moi et au loin la prochaine côte où je distingue une file ininterrompue de lampes frontales continuant leur périple. Je n’attend qu’une chose, que le jour se lève. Lorsqu’il pointe à l’horizon, je découvre un paysage magnifique et j’en profite pour prendre quelques photos. J’ai aussi décidé de prendre du plaisir malgré la difficulté de la course. J’aime me sentir petit dans ces hautes montagnes qui vous incitent à l’humilité. Je ferai une rencontre inattendue en accord avec ma philosophie de vie et ce sera un moment extraordinaire.

L’ATTENTE DU RAVITAILLEMENT

Je pensais que le ravitaillement se trouvait au 14ème km, que nenni ! Seulement au 20ème km. Wahouh, ça va être encore long me dis-je. Je me fixe des objectifs intermédiaires comme la piste de bobsleigh sur laquelle nous n’allons pas tarder à entrer. Je la découvre enfin autrement que dans les vidéos sur youtube. Elle est plus longue que je n’imaginais. Je passe le point de contrôle sans problème. Je compte tous les 5 kilomètres. Les kilomètres dans les côtes sont interminables. Il faut compter au moins 10 minutes pour un kilomètre et parfois plus vu le dénivelé positif. Dans certaines descentes, je cours à 9,10 km/h notamment juste avant le ravitaillement où l’on entends au loin le speaker et que l’on se dit : « Enfin ! ». La personne qui m’a pris en photo au départ et m’avait dit : « Au 20ème km, il n’en reste plus que 10 mais que ce sont les plus durs avec la montée au glacier ». Effectivement, cela s’est avéré.

LA MONTÉE AU GLACIER

Avec la pluie qui tombait de plus en plus, la brume qui se faisait plus dense, le dénivelé qui nous conduisait de plus en plus haut et la température qui diminuait au fur et à mesure que nous montions, il était de plus en plus difficile de courir. A un moment donné, Laurence m’adresse un SMS pour savoir si tout se passe bien. Je lui réponds que oui et que je suis au glacier. Du moins, c’est ce que je croyais mais en réalité, en montagne, sans altimètre à sa montre GPS, il faut multiplier par deux le kilomètre pour avoir une idée de ce que l’on a déjà parcouru. Il me restait donc encore quelques kilomètres avant d’arriver à la roche de Mio puis au point de contrôle juste avant la montée du glacier. J’y arrive à 11 h 00. Je suis dans les temps. Une bénévole me dit qu’il reste 500m de D+, je me dis que c’est jouable mais un bénévole me rappelle qu’il y a la montée au glacier. A ce moment-là, je me dis que qu’il n’y a pas de soucis que j’ai fait le plus gros et que ça va le faire et que ça devrait passer.

DES CONDITIONS CLIMATIQUES DANTESQUES

(La photo de gauche n’est là que pour représenter la fin du dénivelé, pour en savoir plus, je vous conseille de visionner les vidéos sur la 6000D 2019)

Au début, malgré les conditions atmosphériques, je trouve la montée un peu difficile mais faisable pour être dans les temps. Je vais vite déchanter quand je passe sur les rochers et que je vois en regardant en haut la longueur et la raideur de la pente sous un déluge de pluie et de vent avec une température de 2 degrés dont le ressenti est – 5 degrés. Les coureurs avancent très lentement du fait de la fatigue déjà accumulée, des conditions dans lesquelles nous devons faire le tour du glacier et aussi et surtout pour ne pas glisser dans la boue, ce que je ferai à plusieurs reprise en pestant et en me disant : « Mais qu’est-ce que je fous là ? ». Quand je vois le vide en bas, je ne fais pas le malin. Nous sommes à 3000 milles mètres d’altitude tout de même. Malgré tout, j’ai confiance en moi mais je n’ai jamais fait un trail aussi difficile à part l’écotrail de Paris 2018. Je n’ai pas pris me gants (qui en fait se trouvent au fond du camelbak, je m’en apercevrai qu’une fois rentré à l’hôtel), je ne suis pas assez couvert, j’ai de plus en plus froid et une certaine lassitude commence à me gagner. Mais je ne veux pas faire machine arrière et redescendre après tous ces efforts alors je continue mais péniblement. C’est alors qu’un coureur qui a vu mes difficultés dit : »là, c’est le point culminant!». Je n’y crois pas moi-même mais il a raison, enfin ! Je peux redescendre, je suis toujours dans la course, au début ça va mais nous repassons dans un épais brouillard sous un déluge de flotte et j’ai de plus en plus froid. Même en courant pour me réchauffer, je tremble, je ne cours plus droit et je prend une méchante crampe douloureuse qui me fait hurler et m’oblige à m’asseoir. C’est encore un trailer qui vient à mon secours et en tirant sur le mollet me permet de me relever et de repartir. Quelques kilomètres plus tard, ce n’est pas une mais deux crampes à chaque mollet. Là, je ramène la pointe du pied vers moi-même et reprend ma route. Je râle mais mon mental me permet de repartir en courant. Je n’ai qu’un objectif, arriver et passer la barrière horaire…ou pas. Je suis persuadé que je vais être arrêter et les descentes en montagne sont vertigineuses, mais je garde encore espoir. Jusqu’au bout.

Peu importe que je sois arrêté, je me dis que ce ne serait pas plus mal et pour une première sur la 6000D dans ces conditions, ce serait une bonne performance. Mais je pense à ce que dit Émir, tant qu’on avance et qu’on est pas arrêté aux barrières, on continue. J’arrive à la barrière, j’accélère avec le peu d’énergie qui me reste à ce moment-là et à ma grande surprise, les organisateurs me laissent passer en tant que dernier. Incroyable ! Je me dis que la volonté, le courage et la détermination payent. Mais n’étant pas certain d’atteindre la prochaine barrière dans l’état où je suis, je préfère abandonner.

UNE PARFAITE PRISE EN CHARGE

Un bizarre engin de montagne sans portes avec un chauffeur sympathique me conduit à la télécabine qui n’est qu’à 100 m car je grelotte et n’arrive pas à me réchauffer. J’apprécie. Il m’est expliqué par une charmante jeune femme comment redescendre à Bellecôte. Moi qui ne vais jamais aux skis, , j’apprends qu’il faut monter et descendre en marche et que je dois changer de machine à une gare intermédiaire. Bon, ça va je m’en sors bien. Arrivé à Bellecôte, je suis directement pris en charge par le gars qui contrôle les télécabines, il me fait entre dans son bureau pour que je puisse me réchauffer mais je tremble toujours de froid. Il fait appelle aux secouristes de la course qui me disent que je suis en hypothermie, empruntent un blouson et des gants au contrôleur pour moi. Ils me font enlever mes vêtements mouillés. Par la suite, ils me conduisent dans la tente ou se trouvent les médecins.Ils me recouvrent avec une couverture de survie et deux couvertures militaires. Ils me demandent si quelqu’un peut m’apporter des vêtements secs.

UN AMI SUR LEQUEL ON PEUT COMPTER

bdr

C’est mon ami Nicolas qui viendra me chercher, me prêtera son sweat-shirt. Je traversai la ville avec en guise de jupe deux couvertures de survie, lol ! Nicolas me ramena à l’hôtel pour que je puisse me changer et prendre une douche bien chaude et revigorante. Pendant ce temps-là, mon ami visitait Montalbert en prenant quelques photos. Je l’inviterai à dîner le soir même, c’était bien mérité.

ANALYSE FINALE

Il est un fait évident : Je n’ai pas bien pris en considération le fait de tout prévoir pour courir en montagne que ce soit de nuit ou de jour. D’abord, j’avais oublié une partie du matériel (gants, batterie externe, buffs), avait sous-estimer la différence de température entre Aime et le glacier, mon coupe-vent était insuffisant (j’aurai dû mettre celui de la Saintélyon) et je ne me suis sans doute pas assez ravitailler en nourriture.Bref, beaucoup de détails qui ont eu une grande importance.

J’ai découvert une belle course avec des bénévoles aux petits soins pour nous. Un soutien indéfectible de la population locale ainsi qu’une bonne humeur de mise. Rendez-vous pour la 31ème édition de la 6000D.

2 thoughts on “UN ZÈBRE DANS LA BRUME

  1. Quelle horrible et merveilleuse aventure….
    Le pire est que tu vas recommencer
    Tu es vraiment un warrior
    J’admire autant de ténacité et quel niveau….
    On aurait aimé la photo de toi en jupe de survie lol
    Bravo
    Continue 👍👋🏃

  2. La montagne est impitoyable… Suivant les années, tu pourras suffoquer sous la chaleur ou geler sous le froid.
    Quand j’ai vu la météo annoncée, j’ai tout de suite su que ça allait être dur pour toi, surtout que tu n’es pas habitué à ce genre de trail.
    Bravo pour être allé au bout de toi-même, tu en ressors avec une expérience qui te sera très utile pour la suite.

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