Un enchaînement exogène

Ou comment sortir de soi en 3 mouvements…
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Le premier mouvement se joue les 8 et 9 juin en Italie. Dans les Dolomites et plus précisément à Forno di Zoldo.

Ce village de montagne accueille la Dolomiti Extrem Trail, DXT pour les intimes. Pourtant, quelque chose… se ressent presque immédiatement.
Serait-ce le cadre ? Oui  certainement !  Paysages, couleurs, rivière, tout y est bucolique mais ce n’est pas ça !
L’ambiance, les sourires, les regards de connivence avec les centaines d’autres coureurs qui sont aux couleurs de leurs dernières courses ? … Toujours pas !
Alors ?
L’accueil ! Ou plutôt la chaleur de l’accueil. Toutes et tous, organisateurs, villageois ont dans le fond des yeux la joie de vous dire « Buongiorno » !
Ont à cœur de vous aider.  Les commerçants, avec des promotions et des prix abordables. Les restaurants, vous accueillent en proposant des menus spéciaux course (4€ le plat de pâtes, 6€ les gnocchis, 8€ la pizza). Depuis, le sourire et les mains qui parlent, cette gentillesse pleine d’humanité me manquent.

Il fait très beau en ce jour de course, +35°!  Chaud mais cela permet au moins de voir loin et d’en prendre plein la vue. L’extraordinaire succède au magnifique, voire au surnaturel…
Un démon, mi-homme, mi-bélier se trouve sur notre chemin, poussant des cris et nous menaçant de nous attraper. Plus loin dans une prairie d’un vert fluorescent ce sont de ravissantes Elfes qui nous encouragent, peut-être même était-ce des sirènes, tant l’envie de rester était fort ! Mais il aurait été dommage de rater les cascades, les falaises, les vallées aux couleurs… Et bien sûr, les « Ciao », « Ciao » qui vous portent durant tout le parcours.

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Côté tracé, ce 103 km et 7000 D+ regroupe l’essentiel du trail, mais sans exagération. Neige, boue, montées et descentes techniques, avec en point d’orgue une descente de 20km (800D-), magnifique !

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Dès le 20e km, je commence à me sentir… mal, sans raison apparente. Ce… mal s’accentue au point que j’ai de plus en plus de difficulté pour respirer, nausées, jambes sans force, transpiration abondante… Arrivé à la base de vie au 54e (8h après le début du problème), je me change.
Chaussettes, tee-shirt, je nettoie consciencieusement mes chaussures trempées et pleines de boue, m’étire, réarrange mon sac pour être prêt pour la nuit qui s’annonce d’ici quelques heures. Sur ce temps, je ne mange que quelques cacahuètes, et trois verres d’eau pétillante. Le problème ne venait pas de cela…

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Lorsque je repars… ? … Comme neuf ! Rien, même les douleurs aux tendons d’Achille que je traîne depuis un bon moment, me laissent tranquille. A 20 km de l’arrivée le tracé nous place dans une forêt diabolique. Crapahute sur 400D+. Mains, jambes, racines, branches tout est utilisé pour grimper et descendre cette bosse. Ha les coquins d’organisateurs !

Puis, je rate une bifurcation, je suis têtu, je m’aperçois que je suis perdu seulement 400D+ plus tard… pff ! Mais comme dit K. Jornet, -« Plus de kilomètres, plus de fun ! » Je reviens à la bifurcation ratée et là, 3 km plus loin je termine !

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Deuxième mouvement.
2 jours après je nage, cours, pédale… Un choix qui aurait pu être différent mais grisé par un physique au top, je n’ai aucune envie de m’arrêter.

Le samedi d’après : L’Open Swim Stars. Engagé, pour la 2e fois sur le 10 km nage en eau libre, j’y vais avec la seule ambition de nager plus… droit sans trop louvoyer (pas comme l’année d’avant +3000m sur le même parcours).

J’y vais avec tout de même la question de savoir si cela allait passer. Les données physiques sont bonnes, mais côté physio… 4 kilos de perdus sur le trail, je sens que sur les efforts dépassant les 1h30 je faiblis méchamment… Normal, la réserve de glycogène ne s’est pas encore refaite, sans parler des acides aminés…

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Quid de cette natation ? Je me jette dans le bain on verra bien…
Eh ben ! Jusqu’au 7500 (en 2h, déjà fait mieux, mais au vu du contexte…) tout allait bien, mais peu de temps après… Patatrac !
La cale sèche, plus de jus, rien, bras de plomb… rien ! Le froid (l’eau est à 18°) présent depuis le début devient insupportable, je fais les 3500 restants (oui, je me suis ajouté 1000m, plus de fun !) en 1h16. Dès lors et jusqu’au lundi je ne cesse de manger, je deviens un ventre à pattes.

Dans le fond, je suis satisfait de la course, l’objectif est atteint mais dans la forme c’est contrariant. Contrairement, à l’an dernier où dans la forme c’était vraiment pas mal, et le fond pas top !
Le jour où les deux seront réunis, réussirai-je à apprécier ? Je l’espère.

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Troisième mouvement.
Cet enchaînement (qui, soyons clair, est inepte et incohérent) permet tout de même, au regard de ces « contre-performances », une satisfaction. La justesse de la préparation et de fait celle de se situer.

Cela fait pas mal de temps que je ne fais plus de vraies préparations. J’expérimente des idées, des réflexions, cherche des protocoles, des méthodologies. J’en oubliais de faire une préparation sérieuse, construite et intelligente (fondée). Bien sûr, les expérimentations ont aidé, mais comme pour les courses de préparation, mon erreur, à force de théoriser, est de ne pas avoir cherché à ponctuer le travail de recherche, ce qui m’amène en ce jour un peu d’amertume.

Comme mieux vaut tard que jamais, il est bon, au gré de cette expérience, de savoir à quel point l’entraînement sert.

D’ailleurs, quelqu’un peut me dire ce qu’est un entraînement ?

6 thoughts on “Un enchaînement exogène

    1. Salut Ophélie,

      Oui… La raison vient des épisodes neigeux des dernières semaines avant la course. La neige en fondant, créait des torrents et des marres de boues bien grasses 🙂 !
      A d’autres endroits, c’était carrément des névés !! Lors de la nuit il y eu même certains passages glacés où à défaut de crampons, des bâtons auraient été les bienvenu…

  1. Article très agréable à lire !
    Et pour donner mon point de vue sur la question de l’entraînement, il consiste selon moi à la répétition de gestes ou de pratiques, que ce soit du corps ou de l’esprit, pour atteindre un certain niveau, un certain but. C’est un apprentissage par l’autodiscipline, la persévérance, le dépassement de la douleur et de la difficulté, la volonté de créer une habitude qui devient quelquefois une seconde nature.
    Mais parfois, pour ma part, je me traîne plus que je m’entraîne 😖

    1. Bonjour Patricia,
      Merci pour le retour ! Très content que l’article t’ait plu 🙂
      Oui l’entraînement est ce que tu expliques, mais de façon plus simple, l’entraînement est « une réponse à une problématique ». Celle-ci est forcément diverse et correspond à ce que tu dis et cela répond répond donc soit à une gestuelle, résistance, vitesse, endurance etc. Et effectivement pour que cela puisse être efficace cela doit être réalisé avec une rigueur qui se répercute par/dans la force mentale déployée. Ce qui permet au delà de la qualité physique ou gestuelle obtenue, de renforcer le mental ce qui est la finalité d’un entraînement bien construit…

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