LE LUXEMBOURG : UN LONG PARCOURS

-Comment cela le Luxembourg ? C’était pas dans ton programme, ça ?

-Euh, ben, non, non… »

-Alors pourquoi ?

-Ben, j’ai renoncé au lors du radicatrail (radicassant) et 3 jours après, je devais faire le marathon de Sénart. Mes quadriceps en feu ont catégoriquement refusé de reprendre la route, enfin le trail, quoi !Il a fallu que je trouve un autre marathon et c’était la 10ème édition du marathon du Luxembourg, course que j’avais envisagée depuis longtemps déjà, alors j’ai dit banco !

DES RETROUVAILLES DEUX ANS APRÈS

Je dois partir de la gare de l’est direction Luxembourg-City. A l’arrivée, Benoît qui réside dans les environs vient me chercher à la gare de Luxembourg et me conduit à mon hôtel. Une fois les démarches administratives faites, nous allons chercher mon dossard à Lux-expo puis déjeunons ensemble sur la terrasse d’un restaurant italien sympa. Nous commandons des pennes à la arrabiata et commençons une conversation qui sera très intéressante. Nous sommes heureux de nous retrouver. Nous passons un bon moment. Comme je suis un peu fatigué, je veux me reposer pour être en forme le soir. Benoît me dépose à mon hôtel.

A NOS ACTES MANQUÉS

Franchement, Benoît, je te remercie du fond du cœur. A l’hôtel, après une petite sieste, il est temps de se préparer pour rejoindre Benoît et ses amis, ainsi que sa compagne sur la place où se trouve la ligne de départ vers 17 h 30, 18 h 00. Malheureusement, le monde est tel que nous ne pourrons pas nous retrouver. Pas grave, nous nous sommes vus avant, nous avions bien fait d’anticiper.

Je me rend sur les lieux d’abord en tramway et vu le nombre de coureurs qui s’y trouvent, je décide de poursuivre à pied. J’y arrive vers 18 h 10. Je passe par la mauvaise entrée et je suis obligé de faire tout le tour comme beaucoup de monde, afin de me rapprocher du site. Sur la place, on sert de la bière, des frites, des saucisses (pas végan) et des boissons énergétiques. Personnellement, je n’ai pas trop mangé depuis le matin pour conserver mon poids de forme. Je le paierai cash plus tard. Il est conseillé de bien s’hydrater, en effet, il fait 30 degrés et nous sommes en plein soleil. Je décide d’acheter une bouteille d’eau gazeuse, je prend mes deux comprimés de BCAA et ceux que je dois prendre tous les jours à la même heure. Après avoir hésité, je vois aussi açai et me dit que c’est bien ça, c’est antioxydant. Une fois acheté, je me rends compte qu’il y a de la caféine et…du guarana, or le guarana contient de la caféine. Bon pour l’énergie mais…

JUSTE AVANT LE DEPART

Je prends quelques photos, quelques vidéos mais je ne suis encore qu’un amateur et seul, ce n’est pas évident. J’espère qu’elles seront exploitables, hein Muriel. Je me rend dans mon SAS 4 H 00-4 H 10. A 15 minutes du départ, je demande à un coureur si je suis bien au bon endroit, apparemment oui. Ce marathon est cosmopolite, en effet, y participent 114 nationalités différentes. Ça, j’adore. Le speaker parle en Anglais, allemand, luxembourgeois et français. Il demande quelle est la plus belle ville d’Europe ? Je répond Paris bien sûr. Mais cette tentative n’aura pas l’effet escompté pour la ville de Luxembourg. Je rappelle que la capitale du Luxembourg est Luxembourg. En revanche, la demande de faire un clapping islandais fonctionne à merveille. Il est suivi par tous les coureurs venant du monde entier. (Fidji, Guatemala, guinée…). Le coup d’envoi est donné. Il faut marcher encore un quart d’heure avant de franchir la ligne de départ. Je n’ai aucun objectif chronométrique. Je pars à 9,5 km/h et ralentit pour tenir un rythme facile. Tout va bien jusqu’au 5ème km et là, c’est le drame…

UN MARATHON QUI AURAIT PU S’ARRÊTER ICI !

Il fait chaud, je n’ai pas beaucoup mangé et la caféine va avoir raison de moi. Lorsque je regarde devant moi, je sens que ma tête commence à avoir le vertige de voir tous ces coureurs, nombreux, devant, je continue comme cela pendant quelques instants mais je sais que je vais devoir au minimum ralentir. La chaleur y est pour quelque chose. Tout cela fait partie de ma maladie lorsque plusieurs facteurs déclenchant sont réunis. Je persiste tout en étant raisonnable mais ça ne va pas mieux, bien au contraire, cela s’amplifie jusqu’à ce que je me décide à marcher. Je suis en plein soleil et malgré la casquette, je sens que je peux faire un malaise d’un instant à l’autre. Je suis à la limite de faire une crise et pour moi c’est hors de question, je ne veux plus subir ça et je sais ce qu’il faut faire pour s’en sortir. J’arrive à proximité des secouristes qui, quand ils voient ma tête, se doutent qu’il y a un problème et je ne le cache pas. Quand ils me demandent si ça va, je leur dis non et leur explique pourquoi. Ils me disent de m’allonger ce que je fais sans hésiter parce que je sais que c’est ce qu’il faut faire. Une jolie secouriste blonde (ça c’est le coté fun) me met des coussins sous mes jambes pour les surélever et faciliter le retour veineux. Elle appelle par téléphone un de ses collègues qui m’apportera une bouteille d’eau, que j’accepte volontiers. Ils me questionnent pour savoir sur quelle distance je cours ? Le marathon, bien sûr. A partir de là, je leur explique ma maladie et pourquoi c’est arrivé.

QUELQUES COURTS DOUTES

Passant par différents états émotionnels, d’abord le désespoir puis la tristesse, je baisse les bras. Puis finalement, le mental reprend le dessus (un flash me rappelle que je le travaille pour l’ultra marin et je pense aussi aux animaux qui en endurent bien plus que cela), je continuerai en marchant s’il le faut mais je ne m’arrêterai pas là. C’est lorsque les secouristes me demandent si je veux qu’ils appellent le 112 que je leur dis non, me relève tout doucement après 10 minutes de doute, je sens que ça va mieux, recommence à alterner marche et course puis je repart à une allure de 8 km/h que j’augmenterai au fur et à mesure pour revenir à peu près à celle de départ. Je ne commettrai plus la même erreur sur la suite du parcours où je me rafraîchirai systématiquement d’une manière ou d’une autre. Au ravitaillement suivant, je mange une banane entière ce qui atténuera considérablement les effets néfastes des facteurs ayant déclenché mon malaise. La résurrection du zèbre !

UN PARCOURS PAS SI PLAT QUE ÇA

J’étais prévenu, Benoît l’avait expérimenté 3 ans auparavant. Le parcours est fait de montées et de descentes pas trop traumatisantes mais qui laissent tout de même quelques traces. Bon, cela, je saurai le gérer. Quand on a couru une partie du radicassant, c’est de la guimauve. Arrivé au 10ème km, je me dis que je m’en sors bien et je réalise que j’ai fait 25% du parcours. On se motive comme on peut. J’attends impatiemment le point de séparation du marathon et du semi marathon. Pendant que je courais et vu les circonstances, prendre la voie du semi-marathon m’a un instant effleurer l’esprit.

Mais non, c’était hors de question, d’abord parce que ça allait mieux, que j’avais fait le plus dur et que je ne suis pas du genre à abandonner aussi facilement, même si j’ai parfois quelques faiblesses. Même si je savais que j’allais avoir du mal, je ne pensais qu’à une chose à ce moment là : Toutes les souffrances infligées aux animaux bien pires que ce que je vivais moi sur ce marathon.C’était pour eux que je courrais et pour tous ceux qui partagent mes convictions et qui m’encouragent à continuer. Lors de la bifurcation, nous étions beaucoup moins nombreux sur le parcours du marathon et ça m’a fait du bien. Par la suite, je décidai de faire deux kilomètres en courant et un kilomètre en marchant. Mais quand j’arrivais au kilomètre considéré, je continuais à courir. Je profitais des ravitaillements pour marcher un peu et faire quelques étirements. Arrivé au 30ème km, j’avais fait 75% du parcours et bien rattrapé mon retard. The zèbre was back !

LES BÉNÉVOLES ET LE PUBLIC : AU TOP !

Je voudrais ici rendre hommage aux bénévoles car sans eux qui sont aux petits soins pour nous, nous encouragent avec ferveur, cette course n’aurait pas lieu. Le public est merveilleux. Les enfants qui tendent leurs mains pour que je tape dans la leur, ce visage qui s’illumine lorsque je le peux le faire, leur fait pousser des cris de joie parce que vous leur avez donné ce qu’ils voulaient, le bonheur de partager avec ce moment avec vous. C’est valable pour leurs parents et leurs amis qui ont fait de même et nous ont encouragés dans différentes langues. Je salue aussi tous les groupes de musiques divers et variés qui nous sublimaient tout au long du parcours. Je ne sais pas pourquoi mais à partir du 25ème km, je me suis senti pousser des ailes, j’étais revenu à une allure de 10 km/h, voire au-delà, mon euphorie et la fraîcheur de la nuit y ayant sans doute contribué. Je commençais à sentir que j’allais finir et de toute façon, j’étais déterminé. Une grande descente nous permettait d’atteindre le 30ème km où de belles décorations lumineuses redonnaient de l’énergie pour aller au bout. J’étais bien, j’avais de super sensations, je courais, je doublais sur la chanson de Katy Perry « Chained to the rhythm » qui est est devenu ma chanson fétiche depuis mon finish au 1er étage de la tour Eiffel. Je n’avais pas d’écouteurs ce qui a permis de relancer d’autres coureurs qui marchaient. Bon, ça ne dura qu’un temps, la fatigue se faisant sentir par la suite mais bon, il ne restait que 12 km et même si je finissais en plus de 5 heures, je serais quand même finisher.

UNE JEUNE HASE BLONDE COMME LES BLÉS

Entre le 31ème et le 33ème km, je commençais à ralentir l’allure car au final, je savais que je pouvais finir en 5 H 00. Mais plus j’avançais et plus c’était difficile. Et c’est là que j’aperçus une jeune fille menue qui me doublait puis que je redoublait et ainsi de suite. En courant à ses côtés, je me rend compte qu’elle est une vraie métronome. Elle court lentement mais ne marche jamais. Et ça fonctionne ! Je décide de me caler sur son allure, mon intuition me dit qu’elle va me permettre de faire mieux que je n’imagine. On tourne entre 7,8 km/h et 8 km/h. J’ai de plus en plus de mal physiquement et je me dis « Xav’ t’es là pour travailler ton mental, prouve-toi à toi-même que tu en es capable, suis-là jusqu’au bout, même si c’est difficile, rappelle-toi le marathon de Rennes ou tu ne t’occupais pas de ton physique même dans la douleur, va chercher cette force que tu as en toi ». Notre allure est constante. Arrivé au 40ème km, nous savons tous les deux que c’est gagné alors progressivement, elle remet un peu de rythme et je la suis, nous continuons à accélérer et à partir du 41ème, nous doublons, nous sommes en osmose côte à côte, je lève les mains pour que le public nous encourage, ce qu’il fera et ma galanterie fera que je la laisserai franchir la ligne d’arrivée la première. Pour tous les deux, une victoire altruiste. 4 H 49’22 » pour moi. Voilà, c’est fait.

UNE RENCONTRE INCROYABLE !

Nous tchèquons tous les deux dans la main. C’est alors qu’elle voit mon débardeur « végan marathon » et que son sourire s’illumine en me demandant en anglais« Are you végan ?» « Yes, I am, and you ? » elle me répond : « yes, I’m végan too ». Incredible ! Nous sommes tellement heureux que nous nous faisons une accolade. C’est merveilleux ! Ne vous méprenez pas, Joanna, c’est son prénom, pourrait être ma fille. Nous nous auto-félicitons et parlons en anglais du « végan power ! »et d’un tas d’autres choses. Elle vient de Varsovie en Pologne. Inimaginable ! Ça, c’est de la rencontre. Nous allons ensemble récupérer nos médailles et redonner la puce qui nous permettra en échange de recevoir un billet de 5 euros. Cool ! Je l’accompagne pour retrouver son amie, qui est végétarienne et végan en devenir. Nous bavardons un peu. Il se fait tard et je dois rentrer à l’hôtel. Je les salue et me dirige vers l’arrêt du tramway. Il est minuit passé. J’attendrai 1O minutes en compagnie d’autres participants. Assis tranquillement, je bavarderai en anglais avec un hongrois venu de Budapest. Cosmopolite, je vous dis. Une rencontre de plus. Pas eu le temps de faire un selfie, lorsque j’y ai pensé, il descendait. Il sera remplacé par une personne en état d’ébriété (française, elle) qui me demandera « t’as gagné ? » Je lui répondis que non et je replongeai dans mon monde en pensant à tout ce que j’avais vécu ici et maintenant.. Ce marathon restera dans ma mémoire. Encore deux ou trois minutes de marche à pied pour prendre un bonne douche, préparer et ranger mes affaires pour le lendemain matin et passer une bonne et courte nuit de sommeil avec des jambes en béton.

UN PETIT DEJEUNER ROYAL !

Le lendemain, avant de partir, au dernier moment, je décide de prendre un petit déjeuner. Il est à 24 euros, raison de mon hésitation. Mais je l’ai bien mérité. J’en informe la réception qui me fait une ristourne parce que je la préviens. Prix : 21 euros. C’est déjà mieux mais quand même. En fait, j’ai consommer un véritable repas avec légumes grillés à volonté, röstis, champignons plus pain, confitures, fruits, café, thé…. Je comprend mieux le prix et au final, c’est justifié et correct. Un gros petit déjeuner royal. Une fois terminé, j’ai récupéré mes affaires, réglé la note et me suis rendu à la gare en bus. Ça tombait bien, c’était gratuit le 1er dimanche du mois.

Une de plus !

Pour terminer, le Luxembourg est un pays à visiter un tant soi peu que l’on oublie les clichés sur le paradis fiscal. Par d’autres aspects, c’est un pays charmant. Je conseille de participer au marathon mais je n’exclue pas une visite touristique avec Laurence. Pour le reste, rendez-vous à Ambazac-en- Limousin, le 9 juin 2019 pour partager de bons moments avec Joan-christou. J’arrive mon ami.

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