Xavier de Choudens surpris en plein délit de solidarité

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Le réalisateur Xavier de Choudens a choisi le Centre d’art et de culture de Meudon pour re-présenter une nouvelle fois son troisième long métrage : « Damien veut changer le monde » avec Franck Gastambide dans le rôle principal. Il s’agit de mon point de vue de la meilleure comédie sociale engagée de l’année. Oui, ok, les autres ne sont pas engagées… ou peu. D’accord, mais ici tout fonctionne : le scénario est bien placé, les personnages sont justes, l’équilibre entre la comédie et la chronique sociale sont parfaits, les comédiens sont brillants (tous, y compris les enfants et les non-pros), et surtout la bienveillance est au cœur de ce film. Qu’est-ce que ça fait du bien. La démonstration que l’on sait/peux faire du cinéma gentil, et de qualité.

IMG_20190411_222010.jpgXavier de Choudens était l’invité de l’association Meudon 7e art, qui fête cette année son 30e anniversaire sous la présidence d’Arnaud Castérana. Reconnaissant Xavier de Choudens se souvient d’avoir été choisi par Meudon 7e art à ses débuts. Véronique Mathieu la coordinatrice de l’association lui tend un micro bienveillant. Oui bienveillant (imaginez un micro bienveillant, ça existe). Donc tout est bienveillant dans cette soirée, et ça fait du bien. Véronique Mathieu connait son sujet et l’apprécie, c’est évident.

Résultat de recherche d'images pour "damien veut changer le monde"Le pitch est simple : « Damien habite dans une cité de banlieue parisienne. Il a grandi dans une famille dont la mère était une fervente militante en faveur des droits de l’Homme. Vingt ans plus tard, alors qu’il se promène, un petit garçon nommé Bahzad le heurte. Le gamin fuit, car lui et sa mère sont sans-papiers et ont peur d’être expulsés. Damien a alors une solution toute trouvée : prétendre aux autorités être le père de Bahzad. Mais son exploit fait le tour du quartier et toutes les mères sans-papiers du coin veulent la même chose. Damien monte alors, avec la complicité de sa sœur, avocate, et de ses potes, une association d’hommes prêts à reconnaître tous les enfants sans-papiers du quartier et prend le risque d’enfreindre la Loi relative à la solidarité et au renouvellement urbain. »

Franck Gastambide est parfait dans le rôle de Damien, un chevalier blanc candide et un peu naïf. Il fait le poids face à Melisa Sözen (Winter Sleep, Prix FIPRESCI de la critique internationale, Palme d’or de la 67e édition du festival de Cannes) qui réalise ici une vraie performance en interprétant un texte appris entièrement en phonétique. La star turque ne parle pas un mot de français.  A noter les très bonnes prestations de Camille Lellouche et de Gringe, ainsi que la présence magique de Liliane Rovère et Patrick Chesnais.

Juste une petite mauvaise surprise quand je jette un coup d’œil aux entrées. 69 426 pour 5 semaines en salle « Damien veut changer le monde »  ne rapporte que 712 290 € pour un budget total de 4,5M€3. Ouch ! La bienveillance ça ne paie pas toujours le loyer. Pourquoi les spectateurs n’ont pas suivi mystère, pourquoi 80000 spectateurs sont allé voir dans le même temps le très écolo « Le Cochon, le renard et le moulin », un moyen métrage de l’américain Erick Oh, mystère. La magie du cinéma. La situation n’en est pas moins injuste car le film est vraiment bien, injuste pour le producteur Agat Films réputé pour ses prises de risques éditoriales, injuste pour Apollo Films qui distribue des petites perles comme « Invisibles » et surtout injuste pour le septième art qui mérite bien plus de diversité que le dernier Blockbuster dans toutes les salles de France. Si je n’aime pas Marvel et DC ? Mais si au contraire, j’adore (Sauf Batman Vs superman). Ce qui me chagrine, c’est que des comédies telles que « Damien veut changer le monde », vont avoir du mal à se faire une place après ce revers financier. Un budget de 4,5M€3 c’est déjà du lourd, et ça cogite chez les financiers avant de s’engager sur certaines sommes. Pour Xavier de Choudens ce n’est pas grave, il s’agit là d’un de ses meilleurs scores et il rebondira car il a du talent. D’ailleurs il est tout heureux de continuer à défendre son film. Je suis certain qu’il le ferait devant une salle de 3 personnes. Il le fait avec gentillesse et courtoisie, humour et sincérité. A l’image de son film.

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Je ne résiste pas à l’interroger sur une séquence du film qui concerne la cause animale. La séquence se passe devant un abattoir et … et allez voir le film, je ne vais pas spoiler. La seule chose que je peux vous dire c’est que l’un des personnages va passer un mauvais quart d’heure, après avoir mangé de la viande et je lui demande si la viande tue ? Même s’il n’est pas végane, un réalisateur qui fait parler des fourmis dans des films publicitaires doit avoir une âme d’enfant. Voici sa réponse :

Il est 23 heures quand je quitte la soirée pour rejoindre mon château de Picardie. J’écoute France Culture qui diffuse « Au voleur ! Quand nécessité fait loi ou pas… ». Pourquoi cette digression ? Patience, c’est instructif et vous allez comprendre.

Paul_Magnaud.jpgL’affaire Louise Ménard se déroule à Château-Thierry en France  à la fin du XIXème siècle. Le 4 mars 1898, le juge Magnaud acquitte Louise Ménard, une jeune fille-mère qui a dérobé du pain chez un boulanger de Charly-sur-Marne parce qu’elle n’avait rien mangé depuis deux jours. Le juge fonde sa décision, confirmée par la cour d’appel d’Amiens le 22 avril 1898, sur l’état d’absolue nécessité de la prévenue. Il rembourse lui-même le coût du vol au boulanger.  Cette affaire fera la une de la presse parisienne à l’époque et lui vaudra le surnom de « bon juge », attribué par Georges Clemenceau, et qui fut ensuite inscrit sur sa pierre tombale.

Unique en son genre, cette affaire donnera naissance à une nouvelle notion dans le droit français, « l’état de nécessité » suscitant au passage de vifs débats au sein de la société. La notion d’état de nécessité est assez présente dans le droit jusqu’à l’ancien régime. Le XIXème siècle va plutôt inverser cette logique. C’est un moment d’affirmation du libéralisme et du droit de propriété. Si le vol est toléré dans certains cas, qu’en est-il alors du maintien de l’ordre social et du droit à la propriété s’interrogent certains ? La réponse du juge Magnaud et de Xavier de Choudens semblent proches : « l’état de nécessité l’emporte » ! Comme le dit si bien Patrick Chesnais (qui interprète le rôle du père de Damien) : « ton seul délit, c’est celui de la solidarité »

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F. De la Roche Picarde

 

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