De viandard à Végane

« Quoique toutes nos idées viennent du dehors, les sentiments qui les apprécient sont au-dedans de nous, et c’est par eux seuls que nous connaissons la convenance et disconvenance qui existe entre nous et les choses que nous devons respecter ou fuir »

Rousseau, Emile, Livre IV

Nous sommes toutes et tous otages à différents niveaux et degrés de la culture dominante de la société dans laquelle nous vivons.

Notre esprit est « engourdi » comme nous l’explique la psychologue Mélanie Joy et notre conscience endormie se laisse porter en toute confiance. Notre empathie devient sélective, face aux mensonges et aux diversions ambiantes, nous sommes dupes.

Enfant, notre compassion naturelle, notre instinct du bien et du mal, peuvent assez vite être anéantis par l’influence des adultes, seuls les plus clairvoyants, les plus alertes, les plus sensibles résistent et perçoivent consciemment ou inconsciemment les manipulations.

Qui n’a pas un jour, ne serait-ce qu’un tout petit instant, dans un moment de lucidité absolue, regardé d’un regard différent l’étalage de la boucherie de son quartier, avec un sentiment de dégout et de nausée, mêlé à un inconfort, un ressenti extrêmement désagréable et déplaisant qui bouscule notre mauvaise conscience. Tellement désagréable d’ailleurs que la plupart des gens préfèrent enfouir à tout jamais cette sensation, pour l’oublier voir la nier.

Bruno Blum, dans son livre autobiographique « De viandard à Végane », illustre  l’idée,  comme il l’écrit que « si l’on pense comme tout le monde, on ne pense pas ».

Bruno Blum, né en 1960, écrivain français, auteur d’une vingtaine de livres, artiste, auteur-compositeur-interprète, réalisateur artistique, dessinateur auteur de nombreuses œuvres et plusieurs bandes dessinées, conférencier et photographe, spécialiste de l’histoire du reggae et des musiques africaines et autres sujets liés à la culture rock.

Dans « Viandard à Végane » il retrace sa vie et son parcours singulier. Il écrit avec un style rock qui lui est propre, sensible, drôle et touchant.

Enfant rêveur, intelligent, hyper sensible, avec une vie intérieure dense. Il s’ennuie désespérément à l’école. L’école est pour lui une prison à laquelle il ne pourra s’adapter. Ce tableau est typiquement celui d’un enfant que l’on nommerait aujourd’hui enfant HP (Haut Potentiel), avec pour Bruno Blum des dons artistiques en bonus.

Le fil conducteur de ce récit est son regard et sa relation avec les animaux.  Il grandit dans une famille qui consomme de la viande comme la plupart des familles en France et comme tous les enfants, pour se nourrir, il en mange aussi.  Mais chaque fois que la réalité lui rappelle d’où vient cette viande et malgré tous les efforts de la part des adultes pour préserver les enfants de l’horrible réalité de la souffrance animal, il sait qu’il se passe quelque chose de mal, mais que peut un enfant face aux secrets des adultes…

« Ça rendait les adultes louches. Ça rendait le monde, jusque-là ensoleillé, hyper moche. Ouais, c’est ce que je ressentais, enfant. Il fallait parvenir à se déconnecter de ses émotions. A ne pas les sentir. Il fallait anesthésier ce merdier. Il fallait refouler cette trahison des adultes, faire comme si on acceptait…Mais j’étais du côté de l’agneau, et je n’acceptais rien de cette saloperie. » (p41)

Il sait trouver les mots juste et dit avec beaucoup d’honnêteté « j’étais viandard par défaut. J’aimais manger la chair animale. Je n’imaginais pas qu’on puisse manger autre chose, voilà tout. ».

Les années passent, il part à Londres pour étudier, dans les années 70, devient journaliste renommé, fréquente toutes les stars de rock du moment. Il monte son propre groupe de rock. Participe à des concerts, fréquente les milieux mondains de l’époque, les Rolling Stones, les Sex Pistols, Paul McCartney, les Pretenders etc… Les nuits de fêtes, la drogue…

Bruno Blum se lie avec la chanteuse des Prentenders, Chrissie Hynde, une femme hors du commun et talentueuse. Son admiration pour elle n’est pas un hasard, leurs sensibilisées se rejoignent, se reconnaissent, s’attirent. Elle est une végétarienne écolo militante, son influence et ses arguments interpellent Bruno Blum.

Gaspillages des ressources, pollutions causées par les élevages industriels néfastes pour la couche d’ozone et qui participe au dérèglement climatique, pollution des eaux par les pesticides servant à produire les aliments des animaux de boucherie, le lobby agroalimentaires qui empêchent ces informations d’être diffusées…Et la réalité de la maltraitance animale.

Mais ce n’est pas si facile d’être différent, il faut du courage, il faut des ressources et beaucoup de conviction pour affronter les autres quand on annonce avoir franchi le pas, quand on annonce qu’on est devenu végétarien. Mais pour Bruno Blum les challenges sont des plaisirs et les obstacles des cadeaux.

Ce récit nous plonge dans la vie d’un homme qui à travers l’histoire de son enfance, sa jeunesse puis sa vie d’adulte, ses rencontres, ses amours, sa carrière, sa musique, son art, ses voyages, ses expériences hors du commun, nous fait vivre l’évolution et l’ouverture de sa conscience. Ses questionnements, ses réflexions, ses pensées, son pragmatisme, son ouverture d’esprit, ses qualités de cœur, sa sincérité, son respect pour la vie, pour toutes les vies et son sens de la justice, nous touche et nous émeut.

Un des chapitres s’intitule : « La révolution commence par soi-même » , et cette révolution il l’a faite !

Bruno Blum après être devenu végétarien il y a plus de 35 ans, est végane depuis environ 10 ans.

Faire cesser l’atroce exploitation des animaux et ouvrir les consciences des humains est devenu son combat qui imprègne aussi ses œuvres musicales.

Lorsqu’on ouvre les yeux sur l’horreur de cette terrible réalité, le combat devient incessant, on se sent investi, les plus faibles ont besoin qu’on leur prête notre voix et notre conscience n’a plus de répit.

Pour Bruno Blum :

« A chacun sa manière de contribuer au progrès. J’ai aussi écrit ce livre. Pour mettre nos fichiers à jour. Et qu’on puisse enfin reparler de rock and roll… »

Merci Bruno Blum pour votre sincérité, merci pour les animaux mais aussi pour les humains. Finalement, ce combat est aussi celui de la survie de l’humanité.

Car même si l’humanité survit physiquement, ce qui au vu du désastre écologique est peu probable, elle meurt spirituellement en se rendant délibérément coupable et responsable d’un massacre aussi inutile qu’horrible.

Lisez et offrez ce livre autour de vous.

Karine Dana

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