UN ECOTRAIL DE PARIS PAS COMME LES AUTRES

FINISHER DE LA 12EME EDITION
DE L’ECOTRAIL DE PARIS (80 KM)

Nous sommes le 16 mars 2019, il est 7 h 00, les affaires sont prêtes et je me prépare. Une fois paré, je me rends à Montparnasse où j’ai rendez-vous avec les membres de l’équipe végétarienne, Claire, JC et Paul. Je dois aussi voir Olivier Fosse et Nicolas Luchez. L’heure de rendez-vous est repoussée à 09 h 45.

Lorsque j’arrive à Montparnasse, j’ai une heure d’avance. J’aurais pu dormir un peu plus. Je rejoins les membre de l’AVF. L’horaire du train que nous devons prendre a été repoussé d’un quart d’heure. Nous faisons le voyage ensemble en parlant de course à pied, bien sûr. Tout y passe, les échecs et leur raison, la stratégie de course, l’alimentation, tout ce dont a besoin un runner végan, ou même un runner tout court.

En 2011, je m’inscrivais sur mon premier ultra-trail ; Pourquoi ? Parce qu’en 2005, j’avais terminé un 100 km pour la première fois grâce à Laurence qui m’avait accompagné en vélo et grâce à un trailer qui avait couru le 50 km le matin et nous avait remotivé au 88ème km alors que nous allions abandonner physiquement et mentalement. Cela, deux ans après avoir fait mon 1er marathon à Paris et parce que j’avais envie de relever un nouveau défi après le marathon. C’était une évidence.

Lors de cette 4ème édition de l’écotrail de Paris, j’étais arrêté à la barrière horaire du 57ème km à Chaville pour cause de barrière horaire dépassée (vous avez pu voir la photo ou j’empêche les autres concurrents de passer mais c’était un jeu entre nous, c’était notre premier ultra et on profitait, (trop peut-être). L’année dernière, tout le monde s’en souvient, quelques chutes, le temps exécrable et dantesque (neige, pluie, boue, la totale, quoi !) m’avait fait abandonner au même endroit alors que j’avais 40 minutes d’avance sur la barrière horaire. Aujourd’hui, je ne crois pas que j’aurais été au bout. Mais ça, c’est le passé.

Arrivés à Saint-Quentin en Yvelines, nous nous engouffrons dans la navette, direction la base de loisirs de Trappes. Sur place, le vent refroidit mes ardeurs. Je vais aller m’asseoir dans un endroit à l’abri du vent me réchauffer pendant que les copains sont à la consigne. Le temps passe relativement vite finalement. Je prend des photos, je danse au rythme des tambours, je suis heureux d’être là. Olivier arrive avec son pote Adrien. Nous faisons quelques selfies. J’essaie de retrouver Maxime et Nicolas Luchez, ils sont déjà dans le sas de départ. Nous allons tenter de les rejoindre mais nous ne nous verrons pas avant la course. Encore quelques selfies et le départ est donné.

10, 9, 8, 7, 6, 5, 4, 3, 2, 1, c’est parti ! L’ambiance est bonne. Je pars avec les membres de l’AVF mais j’ai ma stratégie en tête, la même que l’année dernière et je commence à doubler, je sais qu’il ne sont pas très loin derrière moi. Aux alentours du 3ème ou 4ème km, je reconnais Julien de « C’est bien d’être bien », un ami des lapins runners qui filme le zèbre que je suis. Je lui dis que je fais parti des abonnés et nous conversons sur les exploits des lapins et la présence d’Élisa is running qui finalement n’est pas là, elle n’a pas pu se procurer de dossard mais il me dit que Émir (bien connu sur youtube sous le nom de lapins runners) est là après avoir récupéré un dossard pour accompagner le compagnon d’une amie. Je ne sais pas si Julien publiera cette partie de la vidéo. C’est génial, je ne m’attendais pas à cela.Je ne sais pas à combien je cours sur cette 1ère partie mais je sais que dois arriver au ravitaillement de Buc au 22ème km avec le maximum d’avance sur la barrière horaire. Ensuite, je pourrai gérer avec un peu de marche entre le 22ème et le 45ème km, partie la plus difficile. Au fur et à mesure de la course, la stratégie est la suivante : 1er objectif intermédiaire : le 45ème km à Meudon. 2ème objectif : Chaville au 57ème km avec un ravitaillement solide et liquide. A partir de là, le prochaine objectif sera évidemment le 69ème km que je n’ai jusqu’ici jamais atteint. Puis le Graal, le 1er étage de la tour Eiffel.

J’arrive au 22ème km avec plus d’une heure d’avance, c’est bon pour la suite. Conformément aux conseils de Jean-Charles de la route du trail sur youtube, je me gave en boisson et nourriture (ce qui est végan bien sûr), je me recharge à bloc en eau pour aborder la partie de 23 km avec un maximum de dénivelé. J’ai une bonne technique de descente mais j’en bave dans les montées, je parviens toutefois à franchir ces murs sans trop de dégâts. A certains endroits du parcours, je suis encouragé par des jeunes femmes que je ne connais pas mais qui semblent me reconnaître. J’apprécie ; L’une d’entre elle me rappelle que je me suis entraîné avec un spécialiste quelques jours avant. Elle parle d’Émir bien sûr. Ça aussi, ça booste. J’arrive enfin à Meudon ou il n’y a qu’un ravitaillement en eau. Pendant cette partie du parcours, j’aurai consommé quelques barres végans, un peu de chocolat vego pour me revigorer et me récompenser…Sur place, un vent froid souffle et ça devient moins agréable malgré la beauté du site. Je prend du BCAA pour recharger les batteries, remets mon coupe-vent pour me réchauffer mais prend tout de même quelques photos dont celle de la tour Eiffel que cette année on aperçoit au loin. Je ne perd pas trop de temps et je repars.

Seulement 12 km à parcourir. La moitié de ce que l’on vient de faire. Mais il reste encore du dénivelé. Et ce qui devait arriver arriva : Je marche dans une plaque de boue profonde, perds ma chaussure gauche enfoncée à au moins 15 cm de profondeur dans ce gouffre de boue. J’entends quelqu’un qui me dit « elle est au fond ». Quoi ? Tu crois que je vais en rester là et abandonner ? Sûrement pas. Je plonge la main dans la boue, reprend ma chaussure après quelques instants d’efforts pour la sortir, nettoyer l’intérieur et remets ma chaussure pour pouvoir repartir. Quelle aventure ! Mais j’ai toujours ce courage, cette volonté et la détermination d’aller au bout quoiqu’il arrive, cette 3ème fois sera la bonne. Plus qu’à quelques kilomètres de Chaville, je reconnais la ligne droit de l’année dernière ou j’avais chuté, avait eu des crampes sans pouvoir me relever. C’est grâce à deux trailers que j’étais reparti pour franchir le 57ème km et abandonner ensuite. Le ravito arrive bien plus tôt que prévu et j’ai 55 minutes d’avance sur la barrière horaire, tout est ok. Et là, surprise, je vois Claire de l’AVF qui vient d’arriver. Super. Nous nous ravitaillons. A ce moment là, elle m’explique que Paul ne se sent pas bien et que JC est avec lui. Ils abandonneront quelques temps plus tard. J’espère que ce seront les seules défections que nous aurons. Avec Claire, alors que nous allions repartir, nous voyons arriver Olivier. Nous en profitons pour faire un selfie tous les trois et laissons Olivier sur place qui vient d’arriver.

Je repars avec Claire. Ça fait vraiment plaisir de pouvoir faire un bout de chemin ensemble. Celui que je n’avais jamais pris pour me rendre au 69ème km. Je propose à Claire de partir devant si elle le souhaite. C’est ce qu’elle fera.

Quelques temps plus tard, un gars me dira que je peux faire la distance en marchant sans perdre trop de temps et pour les derniers kilomètres entre le 69ème km et la Tour Eiffel alterner marche et course parce que le paysage est ennuyeux. Je l’écouterai mais je courrai tout de même un peu dans les descentes, il y a encore un peu de dénivelé entre le 57ème km et le 69ème km.

J’en ai assez de ces côtes, la fatigue commence à se faire sentir et je peste un peu. Mais j’ai toujours mon objectif en tête. A ce moment là, je me dis que même si je ne monte pas au 1er étage de la Tour Eiffel, je serai de toute façon finisher. Mais je chasse cette pensée de ma tête.

J’arrive au 69ème km avec 55 minutes d’avance. Je me ravitaille un peu mais je ne m’attarde pas. Le prochain objectif, c’est le parvis de la tour Eiffel. Mais pour que j’apprécie vraiment cette réussite, il faut que je monte au 1er étage de la tour Eiffel, je n’ai pas d’autre choix.

Sur le chemin, j’ai échangé avec beaucoup de personnes, certains m’ont vu au départ et retrouvé à l’arrivée, d’autres m’ont encouragé, certains ont répondu à mes questions sur la manière de gérer la fin, je remercie toutes ces personnes d’avoir partagé un bout de chemin avec moi.

Cela n’aurait pas été possible sans mon personnage de zèbre. Bref, entre le 69ème et le 80ème, je marche de manière active et depuis le 45ème km, je compte les kilomètres comme cela : Quand il reste 11 km, je me dis bientôt plus que 10 et ainsi de suite, cela me servira bien pour les derniers.

A 6, 7 km de la fin, ma batterie de cardiofréquencemètre est off. J’avance mais je ne sais pas comment, je me renseigne au fur et à mesure sur la distance restante avant l’arrivée à la tour Eiffel. Sur les 4 derniers kilomètres, je retrouve un gars qui m’avait vu au départ et que je retrouve à la fin. C’est son 3ème écotrail. Il a été finisher de celui de 2018, respect ! Il me confirme que c’est gagné pour monter au 1er étage de la tour Eiffel. Mais mon excès d’humilité me fera répondre que tant qu’on y est pas, on est y pas même si au fond de moi, je sais que c’est quasiment gagné.

Je cours à nouveau, nous trouvons l’énergie nécessaire pour finir en beauté. Nous terminons ensemble puis il me lâchera à quelques encablures de l’arrivée parce que deux jeunes femmes se trouvent devant, lol !. La tour Eiffel est toute proche, on sent l’ambiance et les encouragements du public, des familles sur le passage de la route avant le SAS conduisant à l’entrée du pilier (nord, sud, est, ouest?) de la tour Eiffel.

Alors que je passe dans le passage, Laurence vient à moi parce que je ne l’ai ni vue, ni entendue et lorsque je vois son visage illuminé, je suis heureux, je l’embrasse, l’enlace, je suis très très heureux qu’elle soit là pour me soutenir et assister à ma victoire personnelle que je partagerai plus tard avec elle. Juste avant de prendre le ticket pour monter au 1er étage, je vois Steve Kondo l’ambianceur, je lui avais promis qu’on se verrait au 1er étage de la tour Eiffel. Ce sera en bas, lui aussi, je suis content de le voir. Je suis tellement heureux que je lui fais la bise. Mais il reste encore à gravir les marches.

La cerise sur le gâteau. Nous sommes tous exténués et la montée se fait lente mais nous avons tous envie de savourer ce moment magique d’un Finish au 1er étage de la Tour Eiffel. L’un des trailers me dit « ça y est, on y est ». ça me rappelle le début de la vidéo des lapins runners avec Émir et David en 2017. J’aperçois alors le tapis rouge que je foulerai et qui me conduira à franchir la ligne d’arrivée. Voilà, je l’ai fait, le bénévole me remet immédiatement la médaille. Elle est belle cette médaille en bois après tant d’efforts. Je suis heureux mais je n’en reviens pas. J’apprécie vraiment le moment après les deux échecs précédents. Comme quoi, il faut en tirer partie, se relever et recommencer jusqu’à avoir atteint son objectif.

A ce sujet, je vous conseillerai quelques ouvrages indispensables dans un nouvel article. J’en profite pour vous dire que je vous réserve aussi une autre surprise. Je conclurai en citant une phrase qui résume tout « Quoiqu’il arrive, croyez en vos rêves, aussi petits ou grands qu’ils soient et vous les réaliserez ».

LE ZEBRE

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