L’animal est-il un homme comme les autres ?

Nous assistons à de nombreux débats autour de la question du droit des animaux, sur l’éthique, la morale, les droits et devoirs des hommes sur les autres espèces.

Les médias, ainsi qu’une quantité non négligeable d’œuvres littéraires dissertent sur cette question.

Le nombre de végétariens/liens et véganes grandit et les mouvements de militants pour la défense des animaux se définissent de plus en plus précisément et se divisent en plusieurs tendances.

Imaginer un monde sans aucun abattoir reste utopique, mais l’occident va être contraint de réduire cette folie dévastatrice de gré ou de force. Et il n’est pas irréaliste de considérer que le combat pour des animaux est gagné d’avance, et qu’il s’agisse seulement que d’une question de temps.

Le livre, L’animal est-il un homme comme les autres ? Le droit des animaux en question.

Coécrit par Aurélien Barrau et Louis Schweitzer est un dialogue philosophique entre les deux auteurs qui évoquent l’ensemble des questions concernant le traitement des animaux.

Louis Schweitzer, né en 1942 à Genève énarque, haut fonctionnaire français et chef d’entreprise, il préside le groupe automobile Renault de 1992 à 2005, puis préside la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité jusqu’en 2010. Il est depuis 2014 commissaire général à l’investissement et préside la fondation « Droit animal, éthique et science ».

Aurélien Barrau, né en 1973 en France, est astrophysicien. Il est spécialisé dans la physique des astroparticules, des trous noirs et en cosmologie. Il travaille au Laboratoire de physique subatomique et cosmologie du CNRS et enseigne à l’université Grenoble-Alpes. Il est membre honoraire de l’institut Universitaire de France. Il est également docteur en philosophie et auteur de plusieurs livres. Il est engagé dans la question écologique.

En évoquant les conséquences dramatiques de la consommation carnée sur la santé des hommes et sur l’écologie, nous sommes forcés de constater que ;

« Notre corps ‘’moderne’’ résulte de plusieurs dizaines de milliers d’années d’évolution durant lesquelles notre régime fut pauvre en viande. La transition rapide vers un régime hypercarné, comme on le voit en Occident, revient à mettre du diésel dans un moteur à essence. C’est une forme d’empoisonnement. Et, nous le savons, les conséquences écologiques de l’industrie de la viande sont désastreuses. » (Aurélien Barrau)

La question qui perturbe les nuits de ceux qui connaissent la réalité sur le traitement des animaux : Comment des êtres vivants peuvent-ils devenir des produits ?

Dans ce livre, dans le respect des convictions de chacun, est menée une réflexion sur la question du statut des animaux dans notre société occidentale.

Des questions philosophiques, mais également concrètes, complexes, sensibles et difficiles auxquelles nous devons trouver des solutions qui feront évoluer notre société, sont posées et analysées dans le calme et le respect. Les désaccords deviennent constructifs et enrichissants et c’est un immense plaisir de lire Louis Schweitzer et Aurélien Barrau débattent sur ce sujet dans un contexte aussi apaisé, serein et bienveillant.

A mesure que sont dévoilées les souffrances et les mauvais traitements des animaux dans les élevages intensifs, les zoos et les cirques, la question du sort des animaux préoccupe de plus en plus et la prise de conscience du grand public concernant la nécessité de se questionner sur les droits des animaux mène notre société vers une évolution et une réflexion éthique, morale et philosophique. L’émergence d’un parti animaliste en France qui a obtenu suffisamment de suffrage pour entrer dans le paysage politique ainsi que dans de nombreux autres pays reflète l’ampleur et l’importance que prend ce sujet aujourd’hui.

Les questions sont divisées en chapitre. La première, qui est source de désaccords dans tous les débats actuels, l’Homo Sapiens est-il un animal comme les autres ?

Les mouvements antispécistes suscitent beaucoup de tensions, mais sont aussi, à cause des différentes sensibilisées et les affects que cela fait émerger, souvent mal compris :

« L’antispécisme n’est pas une négation de l’existence d’espèces. C’est un contre sens complet. Il existe bien évidemment des espèces, personne ne le nie. Ce que conteste en revanche les antispécistes, c’est le fait que des droits à l’existence ou à la non souffrance différents soient en quelques sortes inscrits dans l’Etre même de chaque espèce, dans sa nature. De même, l’antisexisme ne nie pas l’existence des deux sexes, mais conteste leur hiérarchisation… et surtout sur quelle norme éthique, l’homme attribue-t-il des valeurs différentes aux différentes espèces animales ? » (Aurélien Barrau).

Pourquoi accorder des droits aux animaux et faut-il accorder les mêmes droits à tous les animaux ?

« Il ne s’agit pas de d’une loi de la nature, c’est une décision collective. Le droit est ce qui transforme une norme sociale, et qui punit la transgression de cette dernière ». (Louis Schweitzer).

Sans régulation, la vie collective part à la dérive. Aurélien Barrau explique les choix collectifs d’interdire certaines décisions individuelles dans une société. Par exemple, maltraiter et frapper son enfant est un choix individuel, mais qui implique une autre personne, et que nous avons collectivement décider d’interdire et de considérer comme légitime cette entrave à la liberté individuelle.

La question du traitement des animaux nous mène inexorablement à affronter le mensonge que nous subissons. Qui oserait expliquer à un enfant ce qui se cache derrière l’escalope, le steak ou le verre de lait qu’on lui « vend » comme un produit sain et bon.

Si sur l’emballage, à la place de l’image de la jolie vache dans les pâturages, on illustrait la triste réalité avec une bande dessinée évoquant une vache inséminée de force qui met bas à un petit veau, celui-ci à peine sorti du ventre de sa mère lui est arraché. Il ne pourra jamais téter son lait car il est pris pour passer quelques temps en cage avant d’être abattu pour être manger. Pendant que sa maman, la vache, cri sa souffrance des jours durant jusqu’à l’extinction de sa voix. Bientôt, encore inséminée elle devra vivre à nouveau ce calvaire. Cette désolation risquerait de nous faire avaler notre laitage un peu de travers ou peut-être même ne pas l’avaler du tout.

« Qui peut prétendre qu’il est préférable d’entretenir cette culture du mensonge alors même que rien ne nous oblige à perpétrer ces actions ? » (Aurélin Barrau)

Alors même, que les dégâts sur notre santé et sur l’écologie ne sont plus à prouver.

La question n’est pas tant de tuer les animaux ou pas, mais plutôt les conditions de vie que nous leur infligeons.

Une notion très intéressante est développée par Louis Scheweitzer et Aurélien Barrau.  Nous constatons que la hiérarchie des animaux n’est pas fondée par une analyse scientifique de leur intelligence, leurs capacités ou sensibilités, mais sur le degré de communication possible entre l’homme et eux.

Des êtres vivants aussi faible soient-ils, les enfants par exemple, n’ont pas de devoirs, et ne peuvent pas se défendre, tout comme les animaux, mais cela n’empêche pas qu’ils puissent avoir des droits.

En finir avec l’exploitation animale ? Ceci est un but et un idéal, mais notre société ne peut faire ce bon d’un seul trait. Comment y parvenir ?

Autant de questions auxquelles Louis Schweitzer et Aurélien Barrau répondent avec beaucoup de justesse.

Espérons que les débats puissent toujours se faire ainsi, avec intelligence, humilité et respect, pour le bien des animaux, pour le bien des plus faibles, mais aussi et surtout pour le bien des hommes qui se déchirent entre eux, n’ont aucun respect pour leur environnement, pour la nature et les êtres vivants qui en font partie.  En commençant par respecter le droit à la vie des plus faibles les hommes apprendront à se respecter entre eux.

Karine Dana

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