CERNAY MORNE PLAINE

La veille, Émir me contacte pour faire du co-voiturage jusqu’à Cernay. Je gagne environ une demi-heure de trajet, comment refuser ? Rendez-vous est pris pour se retrouver à la gare de Joinville le Pont.

Nous nous retrouvons le lendemain et prenons la direction de Cernay la ville. Le voyage nous permet d’échanger un plus tranquillement que d’habitude. Arrivés sur les lieux, chacun part de son côté, les lapins runners étant sollicités de partout. Personnellement, je vais récupérer mon dossard, et tente de retrouver Valentin, comme convenu. Ce sera fait au bar. Nous nous faisons prendre en photo avec la devise du clan sur nos tee-shirt. Nous sommes un quart d’heure avant le départ. Valentin veut être devant et moi, je n’ai pas d’objectif, les lapins non plus d’ailleurs. Un marathon un mois et demi après la saintelyon, je me dois d’être extrêmement prudent. Je dois être vigilant avec mes genoux, ils ont beaucoup donné en 2018.

Le départ est donné, pas d’arche, pas de ligne de départ. C’est à la bonne franquette. Au début, je suis avec Émir et Carole mais je vais vite décrocher, même 10 km/h, c’est trop pour moi. Je décide de courir à 9 km/h. Je lâche donc le gros du peloton et je suis dans le dernier carré. Mon allure fait que je cours seul entre deux groupes. Ça me convient. J’ai mis trois couches mais finalement la température est meilleure que ce qui était prévu. Je décide de m’arrêter au 5ème km pour enlever une couche. Je prend mon temps , j’entends des coureurs passer et me doubler sans trop m’inquiéter. Et puis, j’entends un des bénévoles dire « bon, ben voilà le dernier ». je ne vois plus personne puis je me retourne, demande confirmation, bingo ! je suis bien dernier. En 19 marathons depuis 2003, c’est la première fois que cela m’arrive. Tellement improbable que j’en ris. Incroyable. Bon ben, on va courir seul, hein, pas le choix. Cernay, morne plaine. Pas un signe de vie à l’horizon. Bon, j’exagère, quelques supporters, en fait les bénévoles. Merci à eux.

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La remontada. A force d’accélérer un peu l’allure, je remonte jusqu’à l’avant dernier que je dépasse. J’échange quelques mots avec lui puis continue sur ma lancée. A un moment donné, je fais un bout de route avec un gars qui a fait 80 marathons et veut terminer en 4 H 45. Je le suivrai un petit moment puis lâcherai. Par la suite, j’arrive à hauteur de deux gars. Leur conversation porte sur le différend qui oppose les trailers, les vététistes et les chasseurs. L’un, ardéchois, prend parti pour les chasseurs, , je préfère accélérer et les doubler mais je ressens fréquemment une gêne au genou gauche parfois compensé par le genou droit et inversement. Je ne suis pas bien physiquement et je me demande comment je vais pouvoir finir les 42 km sans avoir suivi un plan d’entraînement. La dernière fois que je l’ai fait, j’y un laissé un bout de languette de ménisque. Comme d’habitude, je compte deux kilomètres en courant, un en marchant ce qui me permet de soulager mes genoux. Je cours en pensant au prochain ravitaillement à chaque fois. Depuis le début, je pense au passage du 5 km puis du 10 km et ainsi de suite et me dit que la moitié n’est plus très loin.

La remontada

Un peu avant le semi, j’accompagne Kelly pour qui c’est le 1er marathon. Nous courons à 8 km/h c’est cool et ça fait du bien à mes genoux. Je ne peux m’empêcher de lui narrer tous mes exploits et demi réussite tout en lui donnant des conseils pour bien gérer. Je lui explique que marcher lors des ravitos permet de récupérer et de recharger les batteries. Je lui transmets ma devise « courage, volonté, détermination » mais aussi « humilité ». Nous avançons de manière régulière comme des métronomes, ça fait du bien. Des membres de sa famille sont sur le parcours et nous accompagnent sur quelques portions. Ça fait toujours plaisir et c’est stimulant. Mais, à un moment donné alors que Kelly commence à craquer, moi je me sens poussé des ailes (merci le BCAA qui va bien?). Je croise à nouveau la famille de Kelly qui me demande si elle a lâché, je répond que oui et m’excuse de ne pas l’avoir attendue. Ils me disent que c’est normal d’avoir continué et que je l’ai déjà bien aidée. Je poursuis donc mon chemin.

Passé le 30ème, je me dis que j’ai fini la saintelyon et que je suis capable de finir un marathon, même à l’arrache. C’est à partir de là que je cours au mental avec la hargne qui me caractérise comme elle s’était exprimée au marathon de Paris 2018. Ma souffrance est bien moindre à ce moment-là que celles des animaux sacrifiés pour rien et pour lesquels je cours. Pas que, bien sûr, mais ils sont ma priorité. J’ai de plus en plus mal alors je marche dans les côtes et court dans les descentes et sur le plat quand je peux. Je décide d’avancer, j’ai laissé les deux pro-chasseurs derrière moi. Je ne les reverrai plus. AIOOOO. Puis, Sandrine, accompagnée en vélo par son mari, finisheuse de la Saintélyon 81 (le monde est petit), nous nous sommes doublés puis redoublés et avons fini ensemble à 9 km/h jusqu’à 1 km de l’arrivée où là, j’ai accéléré parce que le speaker disait que les lapins n’avaient pas leurs oreilles, mais moi, j’avais les miennes, celles du zèbre. Du coup, j’ai été interviewé ce qui m’a permis d’expliquer que je courrais pour promouvoir le véganisme dans une équipe appelée végan marathon et que notre prosélytisme était basé sur la bienveillance. Le speaker m’a demandé si la bière était autorisée, j’ai répondu par l’affirmative. Je suis retourné à l’intérieur pour récupérer la médaille que je trouve magnifique. J’ai échangé avec quelques personnes et puis retrouvé les lapins runners. En sortant, j’ai pu assister à l’arrivée de Kelly dans le temps imparti, je l’ai vivement encouragée. Elle a passé brillamment la ligne d’arrivée. Nous nous sommes congratulés et elle était tellement émue d’avoir réussi que j’ai eu droit à la bise. Heureuse que je l’ai aidée en partie à finir son premier marathon. Quant à moi, je suis reparti avec Émir et Carole avec lesquels j’ai passé une excellente journée. Sans doute, la dernière à Cernay.

 

LE ZEBRE

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