Toulouse VS Collonges-La-Rouge

 

Il était persuadé de ne pas pouvoir courir le matin. Elle ne voulait pas commencer la journée sans une petite course matinale.

Il préférait le bitume ou l’asphalte, les routes goudronnées, « roulantes ». Elle adorait courir sur les chemins en forêt, au milieu des arbres, sur les rocailles, les feuilles ou dans la boue.

Il ne pouvait pas faire une sortie sans avoir avalé un bel encas, et une bonne dizaine de pains d’épices (vegan) dans le sac. Elle a toujours préféré partir à jeun.

C’est donc tout naturellement qu’ils ont commencé à courir ensemble.

IMG_20180609_095748Ils ne savaient ni l’un ni l’autre s’ils pourraient courir plus que 20km, plus loin, plus longtemps. Ils ont parcouru ensemble leurs premiers 30km, une nuit de juillet, après un bon repas. Une jolie balade dans les bois, plus de trois heures hors de tout, hors du temps. Une belle découverte. De soi. De l’autre.

Quand on commence à courir sur de longues distances, c’est comme entrer en terre inconnue. Comment le corps, et le mental qui le soutient, vont-ils réagir face à l’épreuve de la course de fond? On apprend à se connaître, à laisser ses peurs, à surmonter la douleur, pas à pas. On abaisse ses barrières, on repousse les limites.

Cette petite victoire d’endurance lui a donné l’énergie et la motivation de s’inscrire à un marathon. Il a terminé celui de Toulouse en moins de 4h. Elle a couru ses premiers 42km à ses côtés, quelques mois plus tard, en guise d’entraînement au marathon de Paris.

Depuis ils courent le matin, le midi ou le soir, le long du canal de Toulouse ou sur les terres rouges de Corrèze, avec une petite préférence pour les dénivelés limousins face à cette interminable ligne droite du canal latéral à la Garonne. Il préfère toujours zigzaguer au crépuscule entre les piétons, en direction du Capitole. Elle adore chaque jour un peu plus les foulées solitaires, à l’aube, autour de Collonges-La-Rouge. Mais à chaque fois qu’ils courent à deux c’est une aventure, un moment de partage et de complicité, en confiance.

Le plus extraordinaire avec la course à pieds, c’est que chacun la vit à sa manière ; il y a ceux qui suivent un plan d’entraînement strict, des fractionnés, des renforcements musculaires, ceux qui pratiquent uniquement la longue distance, ceux qui s’imposent une discipline quotidienne ou se promènent en trottinant. Certains le ventre vide, d’autres bien calés. Il y a les adeptes des barres, gels, et autres potions magiques, les partisans du jeûne, les défenseurs des oléagineux. D’aucuns ne jurent que par la VMA, leur montre cardio, le chrono, les défis toujours plus hauts, d’autres ne cherchent qu’un moment avec eux-mêmes. Et le plus drôle c’est que malgré ces différences, nous sommes capables de courir tous ensemble dans la même direction.

Patricia

Ca fait un moment que je vous parle de Patricia et des changements que cette rencontre a opéré sur ma vie. Quelques explications s’imposent, à savoir comment ma runneuse végane est devenue rapidement un indispensable de ma vie.

Le 17 juin 2017, je pars de Toulouse, avec deux militantes animalistes, pour Guéret, en soutien à une manifestation contre la ferme dite « des 1000 veaux ». Un peu avant Brive-La-Gaillarde, une quatrième personne a réservé une place dans ma voiture, et même si je connais son nom, je ne vois pas qui c’est. Quand j’arrive sur la sortie d’autoroute, je la vois arriver et je la reconnais : une belle femme, dynamique, le regard compréhensif, à l’écoute. Je l’avais vu quelques semaines avant à des actions sur Toulouse organisées par l’antenne locale L214. Elle porte un t-shirt d’une asso que je ne connaissais pas : Vegan Marathon.

Dans la voiture nous parlons rapidement de course à pieds, de militantisme, de véganisme.

La manifestation se passe bien, nous nous parlons à peine.IMG_20180623_004409

De retour en voiture, je lui dis que je plafonne en ce moment à 25 km et que je ne veux pas dépasser cette distance seul, que j’aimerais quelqu’un avec qui courir, une fois par mois environ, une plus longue distance. Elle est d’accord pour qu’on s’organise ces sorties : une fois c’est elle qui viendra à Toulouse et une fois moi en Corrèze.

Le 13 juillet au soir nous nous revoyons en Corrèze pour une sortie longue, un 30 km. Nous mangeons ensemble et vers 21 heures nous partons dans un paysage que je ne connais pas, fait de bois et de prairies. Elle a l’air si à l’aise. Nous parlons sans discontinuer pendant les 3h07 de la sortie. C’était incroyable pour moi, c’est la première fois que je cours avec une personne avec autant de complicité. Je me sens bien avec elle. Mais nous sommes si différents, même dans nos façons de vivre la course à pieds.  

Elle me donne la force et l’envie de m’inscrire à un marathon. Ce sera celui de Toulouse d’abord, fin octobre, dans ma ville.

En mars 2018, Patricia fait seule une distance de plus de 30 km. Quelques jours après, elle me demande si je peux l’héberger une nuit dans mon logement en banlieue toulousaine. J’accepte bien sûr et lui propose une sortie de 42 km à cette occasion.  Le vendredi 16 mars en début d’après midi je viens la chercher à l’endroit où son covoiturage l’a déposé. Je suis très heureux de la voir et je lui dis plusieurs fois. Une heure plus tard nous partons pour un marathon à l’entrainement. C’est la première fois qu’elle court une telle distance, et c’est avec moi. C’est un vrai succès. Le soir nous sommes ensemble, seuls. Elle est heureuse de sa sortie, et moi je suis très heureux que cette première fois soit avec moi. Au fur et à mesure que la soirée avance, je me sens de plus en plus complice et attiré par elle. Cela fait 6 ans que je suis célibataire et je n’avais pas d’envie, jusqu’à présent, de retenter une relation amoureuse. Elle me fait découvrir de la musique, et, suivant une sorte de principe vital, je lui demande si je peux la prendre dans mes bras. Cette soirée et cette nuit marqueront le début de notre relation. Une relation amoureuse, empreinte d’affection, de désir, d’intensité, de respect, de compréhension, de partage.

Dès le lendemain matin, je lui dirais que je souhaite que cette relation soit sérieuse et durable entre nous.

Elle vit depuis le printemps avec moi en semaine et nous passons un weekend sur deux ensemble.

Nous avons depuis couru d’autres marathons ensemble, dont certains en juin pour le Challenge For Life.

Elle m’a donné une énergie que je ne soupçonnais pas pouvoir développer.

Tout ça pour vous dire (écrire) que Vegan Marathon m’a permis de me dépasser, de courir plusieurs marathons dont les préparations m’ont transformé (voir mon article précédent sur ma santé). Cette asso m’a permis de rencontrer ma Reine, ce qui est un grand changement en bien dans ma vie.

Merci Vegan Marathon

Bastien

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