LA SAINTÉLYON : UNE COURSE MYTHIQUE

btyElle existe depuis 1951 cette course entre Saint-Étienne et Lyon et passe par des chemins de traverse bien spécifiques. C’est la plus grande course nature de l’hexagone en terme de participants et surtout la plus ancienne sous forme de trail. Elle envoûte ceux qui y participent car courir la nuit au cœur d’un immense ballet de frontales relève de la magie. Cette année, elle a été rallongée avec des portions inédites à 81 km au lieu des 72 habituels et 2000 de D+, 2400 de D- pour rendre un bel hommage à Alain SOUZY, traceur officiel de la course disparu en 2017. 17 000 coureurs allaient prendre le départ sur 3 formules relais et 4 formules solo. Anaïs prenait le départ du 44 km puis Maxime, David, Joseph et moi-même prenions le départ du 81 km. Combien de fois n’avais-je rêvé de participer à cette course. Je pars donc le 1er décembre en direction de Lyon avec toutes les affaires nécessaires pour participer à un tel ultra.

Hommage

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Avec Joseph, Anaïs, Maxime et David, nous nous sommes retrouvés à la Halle Tony Garnier. Je suis d’abord aller retirer mon dossard tout en prenant une photo de mon prénom sur le mur et une autre de la fameuse finish Line Saintélyon. Ensuite, nous nous nous sommes tous retrouvés à faire la queue pour prendre les navettes en direction de Saint-Étienne vers 18 h 00 pour une arrivée vers 19 h 00. Nous avons profité de ces deux occasions pour faire des selfies et en ce qui me concerne une petite sieste de 20′. Nous étions comme les cancres au fond du bus. Nous avons échangé pendant le voyage entre nous mais aussi avec un autre runner isolé à coté de nous. Arrivés à proximité de Saint-Étienne, voilà que le bus commence à caler et à ne plus avancer, l’inquiétude se lit sur les visages, va-t-on arriver à destination ? En plaisantant, on se dit que l’on va être obligé de pousser le bus, mais non, le conducteur a réussi à relancer la machine, nous espérons qu’il en sera de même pour nous par la suite. Du coup, le chauffeur est applaudi, ambiance ! Lorsque nous arrivons, David et Maxime sont inscrits à la pastaparty et s’y rendent, Joseph et moi-même restons à l’intérieur du gymnase ou il y a déjà beaucoup de monde. Nous en profitons pour grignoter aussi. Prendre des forces avant est important et surtout de boire, de l’eau, hein. Pour ma part, j’ai un sandwich oriental végan. Je fais plusieurs siestes de 20′ et la dernière de 30′. Nous avons perdu Maxime et David. Nous avions convenu d’aller sur la ligne d départ dès 22 h 45 en pensant être dans la 1ère vague. On finit par se changer, je dois penser à tout, vérifier tout et tout cela dans le bon ordre. Finalement, nous retrouvons David et Maxime et nous rendons ensemble sur la ligne de départ. Il règne une très bonne ambiance. Je ne sais pas si c’est la course, la nuit qui nous rend euphorique mais c’est électrique. Nous constatons que nous partirons dans la dernière vague. Pas grave. Pendant ce temps, nous prenons des photos et le speaker demande à chaque vague de rendre hommage à Alain SOUZY qui, en fait, lorsqu’il était malade, se sachant condamné a pensé à concocter ce parcours pour nous les trailers fous.

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Le départ est donné. Il ne pleut pas encore. Nous avons convenu d’essayer de courir ensemble mais en réalité Maxime courra avec David et Joseph avec moi. Je décide de ne courir qu’à 9 km/h maximum en accord avec Joseph. Je sais qu’il a tendance à s’enflammer alors je suis obligé de le ralentir. Nous nous attendons mutuellement. Nous arrivons ensemble au ravitaillement du 19ème kilomètre à Saint-Christo-en-Jarrez. Il y a beaucoup de monde et ne consommons que nos ravitos perso. Nous avons déjà eu un peu de dénivelé mais ce n’est rien comparé à ce qui nous attends. Il commence à faire froid et nous décidons de repartir en courant.

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Toujours à une allure régulière mais sereine. Sauf qu’à un moment donné, ma frontale va me lâcher et je ne peux, ne veut pas m’arrêter avant le prochain ravitaillement au 32ème km à Sainte-Catherine. Heureusement, je n’en suis pas très loin. Pendant un certain moment, je peste, je rallume ma frontale, elle s’éteint, je la rallume, elle s’éteint à nouveau, je la rallume, vous imaginez la suite et cela dans de telles conditions, argh ! J’ai perdu Joseph. Bref, je finis par demander à des coureurs de courir avec eux pour être éclairé, je m’adapte. Donc, au passage, merci au Monsieur au ciré jaune qui attendait son amie qui était derrière lui et à Benjamin avec qui je devais continuer la course après cette mésaventure, mais que je n’ai pas retrouvé. Au passage, un grand merci aux bénévoles toujours aux petits soins pour nous, il ne faut jamais les oublier et toujours les remercier, les saluer. Je pense aussi aux personnes qui avaient allumé des feux pour que l’on puisse se réchauffer autour. Je repars avec une frontale lumineuse qui éclaire mon chemin et là, je kiffe et je cours vraiment là ou je peux ce qui fait que bizarrement, je remonte pas mal de coureurs.

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Petite parenthèse importante : lors de mon dernier entraînement écotrail, le coach x’run m’a dit qu’il y avait une belle côte de 20 à 30% et qu’une fois que celle-là était passée, ensuite c’était jouable. Lors de mon arrêt au ravito, un ancien m’a dit qu’il fallait la monter à quatre pattes. Là, ça fait peur!Effectivement, arrivé à cette côte costaude, j’ai cru qu’elle n’en finirait jamais. Mais j’en suis venu à bout. Merci pour les conseils des trailers de Paris. Des détails importants. Comment monter en côte raide et comment descendre ? Nous en avons tous bavé et c’est là que j’ai failli tomber et qu’un trailer m’a soutenu pour éviter la chute. Je ne le remercierai jamais assez mais c’est aussi ça l’esprit trail. En toute modestie, j’ai moi-même aider un trailer qui avait des crampes à rejoindre un arbre le temps que ça passe. Une fois passée cette difficulté, l’aurore va poindre et le jour commence à se lever. La plupart de ceux qui ont déjà participé à cet ultra vous diront de ne penser qu’au jour qui se lèvera pour tenir et qu’une fois qu’il se lèvera, ce sera gagné.

C’est exactement cela même s’il reste encore quelques kilomètres à faire. Nous arrivons à Le camp-Saint-genou au ravitaillement du 46ème tant attendu qui ne comporte que du ravito liquide. Mais nous avons fait plus de la moitié du parcours. Évidemment, depuis quasiment le début, les conditions météo sont aussi exécrables qu’à l’écotrail de Paris. Je me suis servi de cette expérience en m’imposant une extrême prudence sur ce parcours pierreux et boueux. Courage, volonté et détermination mais aussi et surtout humilité. Au passage, merci aussi à Émir des lapins runners pour les gants de vaisselle. Ils m’ont été bien utiles pour ne pas avoir froid aux mains même si je les ai mis un peu tard. J’ai eu des compliments à leur sujet notamment qu’il s’agissait d’une bonne idée. Le prochain ravitaillement se trouve dans un gymnase à Soucieu-en-Jarret au 61ème km. Je me dis que j’ai fait le plus dur, mais comme je restais sur deux abandons sur deux ultras, je continue à courir dans les descentes parfois sur le plat et à marcher dans les montées. Ce qui est primordial : avancer !

Une fois au ravito, je commence à prendre un peu mon temps car je sais que je suis dans les barrières horaires. Au fur et à mesure, j’ai ôté quelques vêtements car la température augmentait et il ne pleuvait plus. Je repars ragaillardi après avoir échangé quelques mots avec les bénévoles aux petits soins. Je repars, le prochain ravito est à 8 km à Chaponost . Une broutille vu le nombre de kilomètres parcourus. Après il ne reste que 12 km, c’est la dernière ligne droite. Comme cela va bientôt s’achever, je profite des paysages pour prendre d’autres clichés et avoir des souvenirs plein la tête.

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Tout le long du parcours, j’ai calculé comment aller d’un point à un autre, par exemple 9*9 = 81 km, le prochain ravito, la côte la plus dure jusqu’à l’objectif suivant…Des points d’ancrage qui permettent d’avancer au fur et à mesure. En ce qui concerne le fléchage et l’indication des kilomètres, on atteint la perfection. Dès l’instant ou j’ai vu le panneau 20 km, je me suis dis, c’est là qu’il faut que je garde un mental d’acier pour aller au bout. De toute façon, quoiqu’il ait pu arriver, l’objectif dans ma tête était d’être finisher. Plus que 5 km, je reconnais les lieux grâce aux différentes vidéos des runners youtubers, encore de la descente puis le panneau « Lyon » et là je sais que c’est gagné. Je prends encore quelques photos, le temps de passage n’a aucune importance. J’ai aussi apprécié tous les encouragements le long du parcours de la part du public, c’était un vrai plus et des encouragements nécessaires. Tout se bouscule dans ma tête, l’émotion monte, je pense et c’est vrai au soutien de mon épouse, à ma princesse Léna, aux équipes de végan marathon et je sais ce que je vais faire devant les caméras et sur la ligne d’arrivée finale. Je la franchis en exultant. Je laisse éclater ma joie, ma rage d’avoir terminé mon premier ultra en tant que végan et sous les couleurs de végan marathon. J’exhibe mon tee-shirt végan warrior. Je suis entre le rire et les larmes. Je n’ai qu’une hâte récupérer la médaille et le tee-shirt de finisher. Par la suite, je prendrai le temps de savourer en allant chercher mon repas (banane, pain et bouteille d’eau), j’essaierai d’aller me faire masser mais il sera trop tard. Joseph est parti. Je profite un long moment puis vais récupérer mon sac pour prendre une douche, me changer et rejoindre la Gare de Lyon-Perrache. Cela faisait des années que je voulais faire cette course, je sais qu’elle fait peur mais elle est unique. Cette première victoire en appelle d’autres : Rendez-vous à l’écotrail de Paris le 16 mars 2019.

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