Pourquoi le végétalisme est-il toujours une hérésie médicale?

Septembre 2018, conversation avec mon père:

Lui: – Quand je me suis fait opérer il y a 6 mois, l’infirmière qui venait me faire les soins m’a expliqué que les produits laitiers, c’était très mauvais pour la santé. Du coup, j’ai tout arrêté, j’avais plus aucun fromage dans mon frigo, rien!

Moi (dans ma tête): – Aaaalléluïaaa…

Lui: – Ah oui, mais j’ai recommencé! Mon ami René (en vrai, je sais plus du tout comment il s’appelle) m’a dit que c’était n’importe quoi, et qu’il faut absolument boire du lait pour le calcium. Et puis, il s’y connaît, il est médecin; et il est excellent, il a même été invité plusieurs fois au Japon dans le cadre de ses travaux! Alors je l’ai écouté et maintenant je bois mon 1/2 litre de lait tous les matins!

Moi (😱): – …. mmmhhh… il est médecin en quoi?

Lui: – Il est chirurgien de la main.

Moi: 😒

Cette conversation avec mon père, ainsi que mes lectures du moment m’ont amenée à me demander pourquoi le milieu médical s’accroche tant à ses disques rayés sur « les protéines animales & Co »? Et pourquoi les médecins se montrent-elles (souvent) aussi bornées envers le végéta*isme?

Alors même que les études, comme la mise en pratique prouvent qu’il n’y a aucun danger à être végétalienne. Et alors que la science démontre, au contraire, et de façon de plus en plus poussée, le lien entre les produits d’origine animale et l’avènement de toutes les maladies « modernes ». Lien qui pourrait se résumer en quelques mots: oxydation, inflammation et surcharge de toxines dans l’organisme.

En creusant un peu mes méninges et mes bouquins, j’ai pu trouver quelques pistes de réponses à ces questions, et je vous les propose ici.

1. Formation médicale et nutrition

« Tandis que la plupart des gens considèrent que les médecins sont de toute évidence une source d’information très crédible sur la nutrition, 6 médecins jeunes diplômées sur 7 se déclarent insuffisamment formées pour conseiller les patientes sur leur régime alimentaire. » Dr Michael Greger (1)

Aux USA – je n’ai pas les chiffres pour la France – la formation nutritionnelle occupe moins de 1% du cursus dans les facultés de médecines les plus avancées sur le sujet, soit une vingtaine d’heures seulement.

Pour revenir sur l’anecdote avec mon père, je ne peux pas m’empêcher de remarquer que le fait d’être médecin enrobe l’opinion d’une personne d’une aura d’objectivité, alors même qu’elle n’a peut-être pas remis à jour ses connaissances nutritionnelles depuis la faculté de médecine.

Par ailleurs, le domaine médical est un large spectre qui regroupe de nombreuses spécialités: on n’aurait pas idée de demander à Safi N’Diaye (rugbywoman de l’équipe de France, ndlr) de commenter une performance de Tarantola (championne du monde d’aviron). Toutes les deux rentrent pourtant dans la catégorie « sport de haut niveau ». Oui, mais leurs sports respectifs n’ont pas grand chose en commun.

2. La recherche en nutrition et ses financements

 » Si le régime à base d’aliments végétaux complets tenait dans un comprimé, son inventrice serait la personne la plus riche au monde. Mais comme ce n’est pas un comprimé, les forces du marché ne conspirent pas pour le préconiser. » Dr T. Colin Campbell (2)

Le mobile d’un crime est souvent l’argent, et dans le domaine de l’alimentation, puisque nous sommes toutes bien obligées de nous nourrir, il y en a beaucoup en jeu.

Le Dr Jérôme Bernard-Pellet(3), nutritionniste indépendant, explique combien il est rare de trouver une chercheuse qui n’a aucun conflit d’intérêt avec les grosses boîtes agro-alimentaires, particulièrement Nestlé et Danone qui sont les plus grosses sources de financement pour la recherche en nutrition en France: on comprend donc mieux pourquoi 🎵 »les produits lai-tiers sont nos amis pour la vie »…🎶

Olivier Petitjean, de Basta Mag(4), évoque quant à lui la recherche comme une « profession sous pression d’influences ».

De plus, les lobbies disposent d’un deuxième levier sur lequel appuyer en cas de besoin: le milieu politique.

En 1977, la commission sénatoriale américaine pour la nutrition a publié un rapport « conseillant aux Américains de réduire leur apport en aliments d’origine animale et d’augmenter leur consommation d’aliments d’origine végétale […] Sous la pression des industriels, non seulement l’objectif consistant à diminuer la consommation de viandes a été supprimé du rapport, mais l’ensemble de la commission sénatoriale a été dissoute. Plusieurs sénateurs très en vue n’ont pas été réélus en conséquence du soutien qu’ils avaient apporté au rapport. »(1)

Aujourd’hui encore, d’après l’Association Américaine de Diététique (ADA)*, largement subventionnée par les industriels, – il n’y a aucun aliment qui soit bon ou mauvais, seulement de bons et de mauvais régimes.

« Il n’y a pas de mauvais aliment? Vraiment? L’industrie du tabac clamait la même chose: fumer n’était pas mauvais en soi, c’était fumer de façon excessive qui était dangereux. Cela vous rappelle quelque chose? Tout est bon avec modération. »(1)

3. La pensée dominante

 » Quand on vit dans un système, on est absorbé par ce système et on pense dans ce système. » James W. Douglas

Les paradigmes font partie, selon moi, des choses les plus difficiles à déterrer et à remettre en cause: vous savez, ce sont ces croyances tellement enfouies en nous qu’elles façonnent notre perception du monde en se faisant passer pour des vérités absolues. Le docteur Campbell dit des paradigmes que leur « particularité la plus perverse est qu’ils sont presque impossibles à percevoir de l’intérieur. Un paradigme peut tout englober au point qu’il semble être la seule réalité. »

Et si les médecins (aussi) ne remettaient pas en cause la consommation de produits animaux, parce que les gens ont l’habitude de consommer des produits animaux?

 » L’histoire de la médecine compte de nombreux exemples où les institutions médicales rejettent des fondements scientifiques solides lorsque ceux-ci vont à l’encontre de la croyance populaire dominante. Cela porte même un nom: le Tomato effect (en référence au fait que les tomates étaient jadis considérées comme toxiques et furent bannies d’Amérique du Nord pendant des siècles, en dépit des preuves qui démontraient le contraire. »(1)

Les médecins, même informées, préfèrent aussi parfois livrer des demi-vérités plutôt que de risquer d’aller à contre-courant. D’après le directeur du programme d’épidémiologie cardio-vasculaire de Harvard, et malgré toutes les preuves des effets néfastes des produits animaux: « Nous ne pouvons pas dire aux gens de cesser totalement de manger de la viande et des produits laitiers […]. Enfin, nous pourrions dire aux gens de devenir végétariens. Si nous ne nous appuyions que sur la science, nous le ferions, mais ce serait un peu extrême. »

Et le docteur Greger de commenter:  » En effet, nous ne voulons certainement pas que les scientifiques s’appuient sur la science! »

En conclusion, je remercie mon père, qui me lira surement, de m’avoir inspiré ce très long article, et je t’assure -malgré les conseils de ton ami qui est sans doute par ailleurs un véritable orfèvre de la main – que tu es en train de te bousiller la santé à boire du lait tous les matins.


Bibliographie et références:

(1) Mieux manger peut vous sauver la vie, Dr Michael Greger ;

(2) Le régime Campbell, pour une alimentation 100% végétale, Dr T. Colin Campbell ;

(3) vidéo youtube – Introduction à la nutrition végétale (2/2), Chloé Tesla et Dr Jérôme Bernard Pellet ;

(4) podcast – Le lobbying pharmaceutique représenterait 14 millions de liens d’intérêts avec divers professionnels de santé, France Culture;

* L’ADA a changé de nom en 2012, mais le fonctionnement reste le même.

Crédits 🖍:

– Olivero (légèrement modifié par moi-même);

– et tout le monde aura reconnu l’excellentissime Rosa B. – Insolente Veggie

📷: Google

Ah oui, et j’écris toujours au féminin! 🙋🏽‍♀️ Si vous vous demandez pourquoi, je vous renvoie vers ma 1ère chronique https://aiomagazine.fr/2018/10/20/alimentation-et-si-on-ecoutait-nos-tripes/

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