La chronique d’Astrid : alimentation, et si on écoutait nos tripes ?

Avertissement : je fais le choix délibéré, de mettre les termes génériques au féminin. Parce que le langage façonne la pensée, et la pensée dirige nos actions, et parce que dans 99,9% des cas, on applique toujours la règle arbitraire du « masculin qui l’emporte», je souhaite par ce choix, apporter ma contribution au cheminement vers l’égalité. Par ailleurs, si les personnes de genre féminin sont capables de s’identifier dans un genre qui n’est pas le leur, il serait réducteur pour nos confrères masculins de présupposer qu’ils ne disposent pas, eux aussi, de cette même capacité.

« Le sélénium n’est considéré comme élément-trace essentielle que depuis une trentaine d’années. »1
« Les différences culturelles sont marquées dans le domaine des supplémentations : en Europe et particulièrement en France, le magnésium est surtout utilisé pour ses propriétés sédatives, alors qu’aux États-Unis, il est utilisé en cardiologie, notamment dans la régulation des troubles du rythme cardiaque. »1
« Le taux de cholestérol optimal se situe probablement entre 50 et 70 mg/dl et il semblerait que plus il est bas, mieux c’est. »2
 Comme on peut le voir à travers les exemples ci-dessus, la science nutritionnelle est faite de découvertes, de tests, d’hypothèses, d’évolutions qui parfois invalident les théories précédentes, et les prescriptions peuvent donc être changeantes selon le lieu et l’époque. L’exemple le plus frappant à mon sens, ce sont les régimes hyper-protéinés, qui étaient la panacée des années 2000, prescrits même par certains médecins, et qui sont désormais notoirement connus comme étant dangereux pour la santé.
Pourtant, dans le milieu médico-nutritionnel, certains essaient de faire passer ce qu’ils ont à vendre, qu’il s’agisse de leur expertise ou du dernier programme minceur, comme des vérités inaliénables – je pense que nous sommes toutes familières des allégations du Dr Jean-Marie Cohen sur le végétalisme, pour prendre un exemple tout à fait au hasard ! – .
Le résultat, c’est que, quand on souhaite être un minimum attentive à son alimentation, on se prend rapidement la tête pour savoir si tous nos besoins sont couverts, et on a tendance à culpabiliser quand on a l’impression de ne pas réussir à mettre en adéquation la théorie et la pratique.
Je crois que cela concerne tout le monde, mais que c’est particulièrement vrai en tant que végé, d’abord, parce que la question de l’alimentation nous touche généralement plus que la moyenne des gens, ensuite, parce que notre entourage – personnel, professionnel, médical, … – nous en rajoute souvent une couche (ça faisait longtemps que vous n’aviez pas entendu le mot « carences », et ça vous manquait, n’est-ce pas ? ☺).
Ma théorie, c’est donc qu’on réfléchit trop.
On est confrontées à des sources d’informations multiples, intarissables, et souvent contradictoires, le tout, arrosé généreusement de marketing abusif et de publicités qui voudraient bien nous faire prendre les vessies pour des lanternes, et les produits d’origine animale pour des éléments in-dis-pen-sables !
Du coup, beaucoup d’entre nous ont tendance à « manger avec leur tête », bloquant ainsi les sensations que le reste du corps nous envoie (la sensation de satiété notamment !).
« Manger avec notre cerveau » peut aussi nous faire (mal) interpréter les signaux physiques envoyés. Par exemple :Corps : – Je suis un peu déshydraté. ➡️ Moi : – Tiens, je me sens un peu fatiguée… ➡️ Cerveau : – Prends donc quelque chose de bien sucré, c’est plein d’énergie (la télé, mes amies et mes parents me l’ont répété plein de fois !).
 Le cerveau des humaines est, certes, un outil génial et très puissant. Mais plus un outil est performant, plus il est complexe et parfois capricieux. Dans le cas du cerveau, bien que tout le monde en reçoive un en dotation sur la ligne de départ, on nous le livre sans la notice d’utilisation – ce qui peut expliquer qu’on ait parfois l’impression que certaines ont vraiment du mal à s’en servir ! – .
Plus sérieusement, notre tête nous a toutes déjà joué des tours, et nul besoin pour cela de souffrir de schizophrénie ou d’hallucinations chroniques : notre état émotionnel à lui seul peut largement influencer, voire déformer, notre perception du monde extérieur, mais aussi de nos propres besoins.
Mais revenons à nos brocolis : On entend actuellement parler de notre ventre comme de notre « 2e cerveau », et il est de plus en plus admis que cet organe a son intelligence propre. Alors notre ventre ne serait-il pas techniquement mieux placé que notre tête pour savoir ce qu’il nous faut en terme de carburant ?
Ce que j’ai envie de proposer comme base nutritionnelle, accessible à absolument tout le monde, c’est de « délocaliser la pensée ». Si on ne peut pas arrêter de penser, on peut en revanche choisir de penser avec nos tripes et avec nos ressentis aux moments des repas, au lieu de toujours le faire avec notre tête et avec nos émotions. Non seulement, cela permet de se reconnecter à la sensation de satiété, mais je pense que cela permet aussi de faire de meilleurs choix alimentaires d’un point de vue qualitatif: en effet, c’est le cerveau, notre tour de contrôle émotionnelle, qui nous envoie des appels au sucré, au gras et à la nourriture « doudou » pour nous réconforter et activer les circuits de la récompense.
Pourtant, le corps, lui, nous transmet toutes les sensations nécessaires pour nous signifier que ce genre de nourriture ne lui convient pas : lourdeurs, ballonnements, maux de ventre, fatigue, maux de tête, etc…
    Par conséquent, quelqu’un qui sait être à l’écoute de ces signaux associera assez facilement une alimentation trop lourde et trop riche avec des ressentis désagréables, et un repas complet et équilibré avec une sensation de satisfaction physique. Tandis qu’une personne qui intellectualise se sentira rassurée devant de la junk food et aura donc tendance à y revenir, et associera plutôt « alimentation saine » avec « frustration ».
En conclusion, cette posture n’empêche absolument pas de se renseigner au mieux sur la nutrition afin d’étayer ses connaissances; il s’agit simplement de rappeler que l’acte de manger est d’abord un acte instinctif. En tant que tel, nous devrions toutes en premier lieu écouter nos tripes, avant de nous en remettre à des expertises extérieures.
J’espère ainsi avoir pu apporter à certaines d’entre vous une grille de lecture un peu différente quant à leurs capacités à faire les bons choix alimentaires.
« Vous avez pu observer ce qui se passe quand un feu se consume dans une cheminée : si vous redisposez un peu les bûches, elles s’enflammeront à nouveau. Vous n’y avez rien ajouté, la seule chose que vous ayez changé est la disposition. Mais cela fait une énorme différence. »3

La chronique d’Astrid

 BIBLIOGRAPHIE ET INSPIRATIONS

1. Collèges des Médecines douces du Québec – cours 142 Les fondements nutritionnels.
2. Dr Michael Greger, Mieux manger peut vous sauver la vie.
3. Richard Bandler, Un cerveau pour changer.
Vidéo youtube – David Lefrançois, La psycho-neuronutrition.
Vidéo youtube – Esther, Bilan alimentation, perte de poids, émotions.
📷 : photos Google

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