Le sanglier

Quand on court, il arrive que l’on fasse de drôles de rencontres. Je me souviens d’une anecdote d’enfance. Je courais dans mon maquis insulaire, sans raison, sans montre, sans objectif, comme on court quand on est ado et que l’on adore le sport. Pour une fois j’avais une paire de tennis, chose assez inhabituelle. A cette époque, je courais pieds nus, souvent. A telle enseigne qu’à la fin de l’été j’avais des cornes sous les pieds, et que je pouvais marcher sur les ronces sans les sentir. Je ne comptais plus les échardes bien entendu, et passait souvent la fin d’après-midi à les retirer avec une aiguille chauffée au briquet. C’était juste avant la double douche. Oui il y en avait une au jet d’eau à l’extérieur, et une autre pour nous rendre un aspect humain. Je jouais au foot. J’étais obligé d’acheter mes chaussures à crampons une taille au dessus, à cause de la corne sous les pieds. Mais je disgresse revenons à ma course dans le maquis. Je courais depuis une bonne heure sur un sentier de terre. Je franchissais une rivière d’un saut, quand sur ma droite un sanglier me coupa la route. J’ai eu l’impression que cette rencontre dura 30 minutes, mais après coup ça devait être 3 secondes, peut-être moins. Loin d’avoir peur de cet animal fabuleux, je me suis lancé à sa poursuite. Je le voyais de loin en loin, puis de plus en plus loin, puis plus du tout. Bien entendu je ne l’ai jamais rattrapé, mais avec ce compagnon de route éphémère, je crois que j’ai dû battre un record du monde. Bien entendu il n’y avait pas de chronomètre, et je ne savais même pas ce qu’étais une montre connectée à cette époque. Ce que je retiens de cette aventure, c’est qu’au moment où j’ai accélèré, je me suis senti puissant, comme si mes pieds ne touchaient plus terre, et que rien ne pouvait m’arrêter. L’adrénaline ? Sand doute.

Aujourd’hui, presque 30 ans plus tard,  j’ai ressenti la même puissance (continuez la lecture sous le diagramme, et notez au passage que j’ai vraiment bon coeur).

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Hier Thierry Pistorozzi, mon coach sportif, conseiller technique de VEGAN MARATHON, m’explique que je dois apprendre à courir. Tiens quelle drôle d’idée. Je cours depuis 20 mois, pourquoi devrais-je apprendre à courir maintenant ? En fait il m’explique que pendant les courses très longues, il faut que je me donne des « rdv », pour faire le point sur mon état au moment T.

Aujourd’hui ce n’est vraiment pas le jour. Je n’aime toujours pas courir, et il y a des jours pires que d’autres. J’ai beaucoup de travail, et peu de motivation. Bon ok, je m’habille et je sors pour mon Fartlek, 14 km de jeu. Le principe c’est que l’allure et la durée des phases de courses ne sont pas définies avant la séance. Les efforts sont effectuées en totale liberté selon mes envies, en montée, en descente. Le mot « fartleck » vient du suédois et signifie « jeux de course », parfait pour moi. Je commence mon entraînement à 7,5 km/h (ne riez pas je fais plus de 100kg), et je peine lamentablement sur les deux premiers kilomètres. A 2,5 km je lance une accélération et là tout se passe bien, je tiens le rythme sur un kilomètre, pas de souci, on est bien.  Le reste de la course jusqu’au 12eme kilomètre se passe bien. Et là un flash, je me souviens du sanglier. Je souris (bouche fermée à cause de la neige qui tombe depuis 20 minutes), et je me dis : chiche ? Et là c’est parti 7,5 km/h, 8, 9 , 10, 11, 12, et enfin 13, 2 km/h . Je sens la puissance encore une fois, et franchement c’est juste énorme. Et dire que j’ai failli ne pas courir.

Magà Ettori, Paris, 13/02/2018

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