Semi-Marathon de Vincennes, ne boudez jamais un ravitaillement

23804560_10213715430536474_916518754_n7h00 le réveil sonne. C’est parti !!! Je m’habille vite, moitié dans le noir pour ne pas réveiller mon chéri qui dort encore. Pas trop de bruit, histoire d’éviter de réveiller les petits. C’est dimanche matin quand même ! J’engloutis plus que je ne mange ma bouillie préparée la veille. Au menu : graines de chia, flocons d’avoine, amandes, graines de courge, banane écrasée, citron pressé, le tout baignant généreusement dans du lait d’amande. J’adore ce goût onctueux et végétal en même temps. Cette fois c’est parti, je m’élance dehors. Le froid fait un peu mal, mais pas le temps de me poser de question, je ne dois pas louper le RER, car je n’ai pas encore mon dossard et je dois arriver tôt. Je descends à la gare en courant :1,8 km en petites foulées. J’aime bien cette sensation, quand tu te dis que ton moyen de transport ce n’est ni plus ni moins que tes pieds, ce sentiment de liberté que ça te donne. C’est parti pour le train et hop hop hop, le temps de rêvasser un peu en regardant par la fenêtre puis de prendre un autre RER en souterrain et ça y est, je suis à Vincennes. Mon ami Aymeric me rejoint dans le SAS de départ. Le hic c’est que lui devrait être dans le SAS des – de 1h45 alors que mon SAS à moi c’est – de 2h. Il veut m’embarquer dans son SAS, je refuse et je lui propose qu’on se rejoigne à l’arrivée. Mais Monsieur est têtu, il veut courir avec moi. L’idée ne me plait pas plus que ça, car je sais que s’il fait le lièvre devant moi, cela va déclencher une stupide réaction d’ego qui m’enlèvera toute forme de discernement. Et me fera courir au-dessus de mon rythme, au risque de griller toutes mes forces. Je suis dans ces pensées quand je croise le regard d’une fille et d’un garçon à côté de moi, tous les deux équipés d’un camelback. Je réalise alors ma bêtise d’avoir écouté les consignes sur le site internet de l’événement qui interdisait les camelbacks à cause des risques d’attentat. Résultat, je vais devoir m’arrêter à tous les ravitaillements pour boire au lieu d’aspirer confortablement mon eau par le tuyau. Grrr…un peu énervée / je suis / à présent aurait dit maître Yoda. A peine le temps de papoter avec la fille au camelback sur ses chaussures (des Vibram fivefingers, chaussures épousant la forme des pieds) quand j’entends le pistolet du départ.

Sans titreAIO  ! (je ne connaissais pas encore le cri mais l’article est pour Vegan Marathon magazine donc je me permets ce petit anachronisme. Me voilà embarquée dans une allure un peu folle (passé les 3 interminables minutes après le coup de pistolet où tu attends en piétinant que celui ou celle qui est devant toi – et que tu te mets forcément à détester alors qu’il n’y est strictement pour rien et attend la même chose que toi – se mette enfin à courir). Aymeric est excité comme une puce, il saute partout en doublant tout ceux qu’il peut, de mon côté je fais de même. Et il parle, parle…euh oui Aymeric a tendance à être logorrhéique quand il court, signe sans doute qu’il est en endurance fondamentale et moi pas. (Aymeric si tu lis cet article, ne le prends pas mal mais 9 fois sur 10 quand on court je ne comprends rien à ce que tu me racontes). Malgré le rythme un peu rapide je me sens bien. L’ambiance de la course est bonne, il y des petits groupes qui jouent de la musique aux carrefours, je leur fais coucou. Je me sens portée par la bonne humeur ambiante. Arrive le premier ravitaillement et là c’est un peu l’anarchie, le temps d’obtenir un verre d’eau et de courir quelques foulées avec, on perd forcément un peu de temps… mais mes critiques s’arrêtent là sur les ravitaillements car j’ai le plus grand respect pour les bénévoles qui rendent ces moments possibles. Je décide de ne pas prendre un des nombreux fruits secs qui sont mis à disposition, convaincue que ma bouillie du matin suffira à me faire tenir la distance et que comme ça j’éviterai tout désordre gastrique. Je ferai de même à chaque ravitaillement. Je le regrettai plus tard. Dès le 15eme kilomètre, je sens que mes jambes se raidissent, avec la sensation que le sang n’afflue pas bien dans mes muscles. Je refuse d’y croire, il est trop tôt pour flancher, encore 6 km, mais très vite je me rends à l’évidence, les douleurs s’installent. J’essaie même d’accélérer, histoire de conjurer le mal mais rien n’y fait : j’ai mal.

J’ai très peur que ce soit le début de crampes. Je ne veux pas abandonner ! Pas pour mon premier semi-marathon ! Aymeric perçoit que je suis à la peine. Il me propose de me prêter sa musique (je réalise qu’il n’a cessé de parler depuis notre départ malgré sa musique sur les oreilles), j’accepte. Plein d’attentions et au fait de mes goûts musicaux, il me met Madonna. Je me concentre sur sa voix, son énergie, mais rien n’y fait, je suis grillée. Je lui rends la musique. J’ai des flashs du dernier ravitaillement et d’Aymeric me proposant une poignée entière d’abricots secs: « Non merci Aymeric je n’en veux pas, donne-les aux écureuils ». Ils ont dû être contents les écureuils. Mais quelle idiote ! Je sens que je ralentis, mes efforts désespérés pour garder le rythme ne suffisent pas. Je lance à Aymeric « Vas-y fonce, on se rejoint à l’arrivée ». Il hésite, j’insiste, et le voilà parti. Le moral n’est pas bon, et les dizaines de personnes qui me doublent, parfois en me frôlant et en manquant de peu de me faire tomber, n’arrangent rien. C’est là que je vois passer à grand bruit un drapeau tenu par un meneur d’allure avec inscrit sur son drapeau « 2h ». Le coup de grâce. Voilà, mon temps passe au-dessus des 2h. Pour cet objectif-là c’est cuit. Mais il me reste un objectif : finir la course en courant. Je ne me concentre plus que sur ça: finir en courant. J’essaie de bien respirer, d’oublier que mes jambes me font l’effet de 2 bouts de bois et d’occulter le fait qu’avec toutes les personnes qui me doublent j’ai le sentiment de reculer. Je m’aperçois alors que j’ai horriblement faim, une galerie de creuse dans mon estomac, et je comprends combien bouder les fruits secs aux ravitaillements fut une erreur. Et c’est ce moment, juste ce moment-là, quand je me dis que je pourrai manger n’importe quoi, que choisit une femme sur le bord pour crier : »Allez, bientôt la fin, pensez aux frites et au burger (végane j’espère que vous allez manger ». Je salive, c’est terrible. Cette femme n’imagine pas la cruauté de sa phrase. Cependant ça me met en boule et me donne un sursaut d’énergie juste avant l’arrivée où je vois une amie d’enfance qui me sourit. Bon moment, je lui tape dans la main et ça y est, c’est fait, je suis arrivée. Je flotte un peu comme dans du coton au-dessus du sol. Il était temps que ça s’arrête je crois. Mais j’ai retenu la leçon : jamais plus je ne ferai l’économie du ravitaillement. À méditer pour la suite…amis du Vegan Marathon, ne boudez jamais un ravitaillement !

Emmanuelle Grimault

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