Vivre ensemble

Valérie Tramoni vit en Corse du Sud. Elle aime la faune, la flore et pense que quand on a la chance d’habiter dans une région riche il faut savoir en profiter, au bon sens du terme. Valérie a passé le demi-siècle et s’est toujours préoccupée du bien-être animal, sans toutefois faire partie d’aucune association. Elle aide avec ses moyens les animaux en détresse qui ne manquent pas de croiser sa route , que ce soient des chiens, chats, oiseaux, tortues, lapins, renards, sangliers, abeilles etc. Pour Valérie, toute vie mérite d’être respectée et elle fait tout son possible pour vivre en harmonie avec le vivant. Il y a 5 ans de cela, une laie est venu lui présenter sa famille, le début d’une belle histoire d’amitié et d’entraide.

19145968_1406103846145101_5715088074905067513_nAIO : Pouvez-vous nous raconter cette histoire avec des sangliers ?

VT – Simple, ils étaient là avant nous car nous avons construit notre maison il y a 10 ans. Au début, je ne les voyais pas, sûrement parce que je n’y prêtais pas attention. Et un soir, j’ai vu la laie proche de notre terrasse où l’on dinait. Des marcassins étaient avec elle et ils étaient tous biens maigrelets. J’ai de suite compris que c’était compliqué pour eux de passer la saison sèche et j’ai donné ce que je pouvais de notre table.

La laie s’est approchée et cela m’a surprise. J’avais peur aussi car j’avais souvent entendu dire qu’une laie avec ses petits était très agressive. Cependant celle-ci devait savoir que je ne leur ferais pas de mal. Je sais aussi qu’un sanglier ne charge que lorsqu’il n’a pas d’échappatoire et là elle pouvait s’échapper alors j’étais un peu confiante.

A partir de ce moment, j’ai commencé à les aider ce qui n’est pas une tâche facile. Il faut trouver des denrées. Je travaille à mon compte et j’ai des clients qui ont des invendus. Je leur en demandais déjà pour les ânes que nous avons dans la vallée de l’Ortolo, il fallait juste que je trouve un peu plus de nourriture pour tout le monde. Parfois c’est compliqué mais pour le moment, les sangliers semblent manger correctement pendant l’été et les ânes aussi.

AIO : Quelles sont les conséquences des feux pour cette famille de sangliers ?

VT – Dans notre région les feux ont été très virulents en effet, 570 Hectares sont partis en fumée pendant l’été à 5 Km de la maison à vol d’oiseau. Cet été, il n’y a pas eu un jour où l’on n’a pas entendu parler de feux sur la Corse. Il ne reste que tristesse et désolation et on ne peut s’empêcher d’imaginer ce que la faune a subi. Les sangliers du jardin/maquis ne semblent pas avoir souffert des incendies qui étaient à 5 Km à vol d’oiseau de notre maison. En tout cas, je n’ai rien remarqué.

AIO : Pourquoi est-ce que cette laie revient en avril vous présenter sa famille ?

VT – Je ne sais pas pourquoi elle a choisi notre maison la première fois ni pourquoi elle revient tous les ans depuis 5 années.  Sûrement parce qu’elle sait qu’on l’aidera.  Au printemps les denrées commencent à manquer pour eux. La sécheresse commence à se faire sentir, particulièrement cette année. Vers la fin du mois d’Avril, elle arrive seule lorsqu’elle me voit dehors, fait un petit grognement pour m’interpeller et lorsque je me retourne et que je la vois me regarder, je comprends à ses yeux qu’il est temps que je l’aide. Je suis contente de la retrouver. Alors je lui dis, contente de te retrouver, tu as été plus maligne que les chasseurs. Sûrement stupide mais je suis sûre qu’elle peut comprendre. Les jours qui suivent, elle amène ses petits avec elle. Elle ne me les présente jamais le premier jour de son retour. Elle sait rester prudente.

AIO : Vous pensez qu’elle vous re-connait ?

VT – Il me semble bien que oui.  C’est vers moi qu’elle vient même si mon mari est dehors avec moi. Ils s’arrêtent à 10 mètres de la maison. Ca me panique un peu pour leur sécurité de les voir si proche. Lorsque la laie les présente en avril, ils sont sauvages et méfiants. Après, ils me reconnaissent. C’est un problème. Je ne sais pas s’ils seraient aussi confiants si une autre personne était à ma place.

AIO :  Vous dites que la laie vous tolère, par nécessité ?

VT – Oui, elle sait que je l’aide. Quand je donne à manger, parfois elle se cache dans le maquis et je l’entends souffler, sûrement parce que ses petits sont près de moi, cependant, je sais qu’elle ne me fera rien. Elle me tolère car elle sait que je ne leur ferais pas de mal.

AIO : Pourquoi est-ce qu’ils ne sont plus visibles l’automne ?

VT – A partir du mois d’octobre, les glands des chênes tombent et naturellement ils préfèrent largement ce festin.  Ils n’ont alors plus besoin de moi et je ne les vois plus.  Alors je lui dis d’être prudente, de se cacher des chasseurs et des voitures et que je souhaite la retrouver au printemps. Souvent je pense à eux l’hiver, parfois je les entends, je les devine, mais je ne les vois plus. Souvent je me demande sont-ils encore vivants ? La réponse arrive seulement au mois d’avril prochain et ma joie revient à ce moment-là quand je les retrouve.

AIO : Est-ce que l’on peut voir dans tous ces agissements, une forme d’intelligence voire de culture ?

VT – J’en suis persuadée.

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Francoise

Françoise Kalfon, 40 ans directrice de production, végétarienne depuis 20 ans, pratiquante de Acroyoga, Kundalini Yoga, Iyengar Yoga

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