Ich bin eine Beliner – Épisode 3

IMG_20170924_083618_01Jour 3 – 24/09 : D day!
6h30 : Je me lève en prenant mon temps. Le départ de mon sas n’est programmé qu’à 10h et l’hôtel se trouve à seulement 20 min à pieds.
7h30 : Petit déjeuner pas trop copieux assorti de fruits secs. Comme je précisais précédemment, le repas le plus important est celui de la veille et je pense avoir fait le plein de glucides en évitant cependant les glucides d’origine céréalière qui ont tendance à me plomber l’estomac.
9h30 : Sas de départ. Il y a foule. Toujours cette émotion qui m’étreint quand je m’apprête à prendre le  départ d’un marathon. La gorge qui se serre, les larmes qui montent aux yeux. Tant de travail, tant d’efforts fournis, tant d’heures passées à s’entraîner. Et je suis là, moi, la fille qui séchait les cours de sport à l’école. Le spectre du Marathon de Paris, en avril dernier, est au-dessus de la tête. Mais je ne veux pas y penser. Positiver, positiver, PO-SI-TI-VER ! Magá m’a dit : « Quand tu as un doute tu prends ta respiration, et tu réfléchis pourquoi tu cours ». Alors si je flanche, je respirerais un bon coup et je penserais à la cause, je penserais à mon clan qui m’a donné la force et la volonté d’affronter ces 12 semaines de préparation. »
9h50 : je m’avance vers la ligne de départ, encore quelques dizaines de mètres. L’ambiance est électrique. Certains discutent à bâtons rompus, d’autres restent silencieux, concentrés. Musique à fond, animateur ultra motivé derrière son micro.
10h04 : ma puce vient de se déclencher, c’est parti pour 42,195 km. Sur le bracelet de mes temps de passage j’ai prévu 7 minutes pour le premier km, le temps que le peloton s’étire. Finalement je l’ai parcouru en 06:29 minutes.
Km 5 : 1er ravitaillement. Que de l’eau, je prends juste quelques gorgées pour économiser l’eau de coco que je porte avec moi. J’ai 3 minutes d’avance.
Km 10 : toujours pas de ravitaillement solide. Sûrement au 15ème. Je n’ai plus qu’une minute d’avance (pause technique).
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Km 15 : et bien non que de l’eau. Ok plan B : j’attaque la barre de fruits rangée dans ma poche. Ce n’est pas quand les stocks de glucides seront épuisés qu’il faudra penser à manger quelque chose. Il faut anticiper. Je maintiens ma minute d’avance et je cours sur les talons du Pacer des 4:30 depuis le 12ème km
Semi : re-pause technique au 18eme, du coup je ramasse 2 minutes de retard. Malgré ça  pour l’instant, c’est passé crème, je colle assez bien à mes temps de passages prévisionnels. Mais je ne me réjouis pas trop vite; c’est maintenant que le marathon commence !
Km 25 : là on est sur du faux plat. Dénivelé vraiment léger mais très long : du 20eme au 28eme km. Punaise ça casse les pattes.
Km 30 : le mur ? Euh, pas encore mais je sens que je fatigue. Le Pacer s’est écarté, visiblement gêné par son drapeau dans le dos. Il demande de l’assistance. Je ne le reverrais plus.
Km 35 : le mur ? Pas mal aux jambes, aucune crampe mais depuis le 33eme, je suis en difficultés. Grosse fatigue et ma tête me lâche. Je me sens seule, je pense à Magá, à ce qu’il m’a dit, je me raccroche à mon clan qui me manque, je me dis que décidément cette chaîne humaine prévue, pour le prochain Marathon de Paris, c’est une sacrée bonne idée et il faut vraiment qu’on réunisse assez de monde. Je pense à Carole sans qui je n’aurais peut-être pas bouclé mon précédent marathon. Elle était avec moi au téléphone depuis le 26eme km.
IMG_20170924_093650.jpgKm 40 : que c’est long. Je me motive en me disant que ce qui reste correspond au parcours que je fais chaque matin pour aller prendre le métro. Allez, c’est vraiment pas grand chose !
Km 41 : je passe sous l’arche sur laquelle je lis le slogan  « Ihr seid Helden !! »* Ah bon déjà le finish ? Le 40eme me semble passé depuis peu pourtant. Miiince, ce n’est que le 41ème : je vois au loin la Porte de Brandenburg, c’est là qu’est l’arrivée !
Finish : je trouve la force de piquer un petit sprint et j’arrive sous la porte avec le tapis qui relève les temps de passage. Enfin ! Quoi ?? Non ?? Toujours pas !! Bon sang ! Je vois que les gens continuent de courir ! Qu’est qui se passe !!?? Purée ce n’était là non plus, le finish, c’était le passage des 42 km ! Ah les fourbes ! Ça me rappelle Barcelone où on passe sous 4 ou 5 arches avant la fin, en croyant à chaque fois que c’est l’arrivée.  Horrible !
Finish (pour de vrai) : je viens de passer la ligne d’arrivée.  Soulagement et fierté ! 4:45:38 à ma montre. J’attends mon chrono officiel. Ça se jouera à quelques secondes près. Ce n’était pas gagné, avec les 2 premiers tiers de la préparation en demi-teinte. Une année d’épuisement professionnel, suivi d’une coqueluche et malgré tout, bornée comme je suis, la poursuite de la préparation du Marathon de Paris et l’échec programmé.
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Arrivée à la sortie du site, je restitue la puce, puis je me dirige vers le stand pour graver ma médaille. Pour mon 1er marathon, je n’avais pas réussi à faire ce gravage qui me tenait tant à cœur, mais pour mon premier majeur, hors de question de rater encore le coche. Misère, la file d’attente est monstrueuse. Je renonce. Ah non hein !!! Je reviens en arrière, je me mets au bout de la file. Plusieurs personnes me demandent à quoi correspond cette file et je vois leur mine déconfite quand je leur explique. Je patiente près de 30 min. Je n’arrête pas de remuer les jambes, je voudrais tellement m’asseoir ! Enfin j’ai le sésame entre mes mains, mon temps officiel gravé dessus affiche 04:45:50. Malgré le poncho, je suis frigorifiée et il se met à pleuvoir.
Screenshot_20170924-172236_01.pngQuand on croit que c’est fini et qu’on va rentrer au chaud, et bien non. Les barrières du passage du Marathon m’empêche de traverser la rue, pour rejoindre le chemin de mon hôtel. Je passe finalement par le sous-terrain du métro et poursuis avec une démarche des plus glamoures, comme vous pouvez imaginer ! Quand j’arrive, je ne file pas directement sous la douche, pas la force. Je m’assieds sur mon lit et je contacte ma famille, mes amis, Magá et je publie un résumé sur facebook. Douche, dîner dans un charmant restaurant vietnamien où je trouve facilement mon bonheur sur la carte. Je profite de cette pause pour vous écrire ces (quelques) lignes.
Retour à l’hôtel, un peu de lecture et dodo !
(*) Vous êtes tous des héros !!
Karine Estelle. Berrichonne de naissance et Parisienne d’adoption depuis plus de 20 ans, pratique la course à pied depuis 2012 mais s’est mise à rêver de courir la distance reine en voyant ces héros pas si ordinaires passer sous ses fenêtres en avril 2002. Ce rêve elle le réalise enfin en 2015, dans la plus belle ville du monde. Berlin est son 4ème marathon.
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